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"Grèves générales"

Des « protestations ambulantes », selon une formulation bizarre du journal télévisé de 20 heures, se suivent, en se relayant, entre quelques délégations du sud du pays, tout particulièrement autour du bassin minier. La chaine nationale de télévision, qui les reprend avec beaucoup d’insistance, semble leur accorder beaucoup d’intérêt ... Elles occupent souvent la une de son principal bulletin d’information. Les images rapportées « sur le vif », souvent au prix d’un effort logistique rarement consenti par cette chaine,  montrent, inlassablement, des scènes d’une insubordination civile : des boutiques fermées, des rues désertes, occupées par des badauds sur le pied de guerre, retranchés derrière un écran d’une épaisse fumée noire  de vieux pneus brûlés.

Selon les reportages des journalistes de la première chaine télévisée publique, ces  grèves sont « réussies », « paralysantes », suivies d’une façon massive et unanime par tous les habitants. Elles se ressemblent toutes, étrangement ; organisées, à chaque fois, par un mystérieux syndicat local, parfois aidé par les « représentants de la société civile », de la région. Les revendications des grévistes et manifestants ne sont pas toujours claires. Elles restent générales, invoquant le droit au développement, à l’emploi. Les quelques participants montrés furtivement sur l’écran de télévision sont présentés sommairement comme syndicalistes, parfois on les montre sans aucune indication. Ils semblent tous avoir reçu les mêmes consignes : critiquer le gouvernement en des termes forts et violents, dans un langage sans ambages, à la limite de l’incorrection, volontiers belliqueux et provoquant, avec une note régionaliste, marquée.

Des grèves générales qui semblent destinées à entretenir une certaine flamme de protestation, un esprit de rébellion contre le pouvoir, l’Etat. Les centrales syndicales sont discrètes. Le gouvernement préfère, lui aussi, ne pas en parler. L’opposition les évoque rarement. Qui est derrière ces mouvements ? De simples citoyens impatients, qui ne peuvent plus supporter la misère et la marginalisation ? Sont-ils spontanés ou au contraire préparés et fomentés par des professionnels de l’agitation politique ? Qui en sont dans ce cas les commanditaires : des chefs de contrebande locale, des membres de l’ancien parti unique, des hommes d’affaires, la centrale syndicale, les partis de gauche, des services secrets de pays voisins ou européens ?

Ces grèves « générales », par leur caractère « cyclique », « répété » et « monotone », semblent le prélude à un mouvement plus vaste. Préparent-elles le terrain, dans l’esprit des stratèges qui leur assurent, avec beaucoup de zèle, une grande couverture médiatique,  par le biais de la principale chaine de télévision dans le pays, à une deuxième révolution ? Seraient-elles une couverture à des desseins plus dangereux et plus graves, d’un recours à d’autres formes de protestation et d’opposition au pouvoir, plus violentes ?  Ce n’est pas impossible. Ils sont sous-tendus par une idéologie volontiers sommaire et vague et ont pour caractéristique essentielle une propension exagérée à l’action, la violence et la défiance à l’égard de l’autorité. Certain s’y trompent, croyant avoir affaire à une révolte de déshérités, encadrés par quelques Che Guevara de l’extrême gauche. En réalité à y voir de plus près il s’agit de mouvements réactionnaires, qui prônent, en filigrane un comportement peu civique, de sabotage de l’économie du pays et d’obstruction à tout effort de rétablir l’ordre et de mettre sur pied les institutions et l’infrastructure nécessaires pour le développement. Une œuvre de contrerévolutionnaires qui chassent sur le terrain de la gauche et essayent d’exploiter la détresse et les souffrances des habitants des zones défavorisées. Ses protagonistes ne dénoncent pas le système capitaliste, les inégalités dans la société, la mauvaise répartition des richesses, les inégalités fiscales, le système économique libéral. Ils concentrent toutes leurs critiques sur la nouvelle classe politique et mettent en doute les acquis de la révolution. Ils tablent sans doute sur l’échec du gouvernement actuel et la vague de désespoir et de grand désenchantement qu’il engendrera parmi les classes pauvres mais aussi parmi la petite et moyenne bourgeoisie qui, espèrent-ils, basculera rapidement dans leur camp, renvoyant dos à dos aussi bien les islamistes que leurs opposants laïcs ou modernistes.

Il s’agit bien d’un complot que certains ennemis de notre pays préparent sournoisement, avec patience, profitant des difficultés de certaines classes populaires, les plus démunies, de la faiblesse des partis politiques de l’opposition, des hésitations de la coalition au pouvoir et de l’ambivalence de l’occident.

Un complot que toutes les forces révolutionnaires, progressistes doivent dénoncer et œuvrer ensemble pour le déjouer.