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L’heure est à l’union des forces révolutionnaires.

La révolution glisse dans une nouvelle phase, périlleuse, où des individus, véreux, font leur apparition pour semer le trouble, la zizanie et la discorde, du mieux qu’ils peuvent, entre les tunisiens ; perturbant gravement, par leur action, subversive, la mise en application des réformes, urgentes et nécessaires, pour la consécration des buts de la révolution.

La vie politique est infiltrée par des forces sans scrupules, qui saoulent la population d’idéologie, de religion, de charia, de modernisme… afin de réintroduire, de nouveau, dans les centres de décision, à coups d’argent sale et de compromissions avec l’étranger, des corrompus et des traîtres, de la trempe de l’ancien président et de sa clique, ou pire. Une nouvelle pègre cherche à s’organiser, mettre la main sur des secteurs stratégiques, de l’information,  de la vie associative et de l’économie.

La Tunisie profonde a fait preuve, jusqu’à maintenant, d’une étonnante maturité. Elle a, admirablement, résisté aux manœuvres les plus machiavéliques des ennemis de la révolution. Elle s’est armée de beaucoup de lucidité et de pondération, montrant une grande capacité à démasquer ses adversaires et à déjouer leurs stratagèmes. Elle a refusé de répondre aux provocations les plus viles, même celles qui heurtent, lâchement, sa foi et croyances religieuses. Elle n’a pas cédé à la panique, malgré les nouvelles les plus alarmistes et les analyses les plus pessimistes qu’on lui distille, à chaque occasion. Elle est  restée unie, solidaire, malgré toutes les tentatives de division. Elle n’a pas perdu confiance en sa capacité de surmonter les difficultés conjoncturelles, qui ont suivi la révolution et de faire sortir le pays de sa mauvaise posture, actuelle. Nombreux sont ses représentants, hommes intègres et sincères, qui ont redoublé d’efforts, pour servir au mieux la révolution et ses objectifs. Nombreux qui se sont opposés aux sit-in et mouvements de grèves sauvages, destinés à nuire à l’économie du pays. Nombreux qui ont combattu les rumeurs, dénoncé les mensonges et les manipulations des moyens de désinformation. Nombreux qui sont, aujourd’hui, déterminés à faire face à la contrerévolution et à la mettre hors d’état de nuire.

Des tunisiens restent, cependant, en proie, à de nombreuses incertitudes. Ils suivent l’évolution de la vie politique, à cent jours de l’installation du nouveau gouvernement, avec une certaine inquiétude. Une partie, de plus en plus importante d’entre eux, et non seulement celle des plus démunis, au sein même de la classe moyenne, qui a soutenu l’actuelle coalition, commence à s’interroger sur les faiblesses et les hésitations de la nouvelle élite politique, issue de la révolution, qui assiste, sans réagir, vigoureusement, à une perversion rampante de la vie politique et une remise en cause, insidieuse, de la révolution et de ses principes.

La révolution paraît étrangement muette, sans voix, encaissant d’une façon stoïque, incapable de réaction, les lâches attaques de ses adversaires. Elle semble, par moments, sous les coups de ses ennemis, dévier de son chemin, se détourner de ses objectifs, multipliant des concessions, parfois dangereuses. Au nom du pragmatisme, elle agit, dans certains cas, avec une naïveté inouïe, poussant l’ingénuité jusqu’à vouloir composer avec de puissants lobbies antirévolutionnaires, qu’elle semble incapable d’affronter ou de mettre hors d’état de nuire. De sinistres aventuriers, fous du pouvoir, commencent à se positionner, bien en vue, sur l’échiquier politique et gagner en force.

La population continue à manifester son soutien aux hommes et femmes qu’elle avait choisis,  pour faire aboutir les objectifs de la révolution. Elle risque, cependant, si elle est déçue, de se sentir trahie par les siens, de sombrer dans le désespoir, de se désintéresser de la vie publique, et boycotter, en masse, le prochain scrutin. La révolution subira alors un sérieux, peut-être, même, fatal revers. C’est bien, semble-t-il, la stratégie des anciens et nouveaux prédateurs, les vautours de l’ancien régime, et  de l’après révolution, qui commencent à pointer dans le ciel, lourd du pays, et à initier leur sinistre vol circulaire, au-dessus d’une population meurtrie. La réaction, les ennemis de la transition démocratique, cherchent à saper le moral des défenseurs de la révolution, ses hommes et femmes, en réveillant, à la manière des anciennes puissances coloniales, les vieux démons du tribalisme, du régionalisme, de l’individualisme, de l’extrémisme religieux et en suscitant des foyers de violence, de fuites sécuritaires, d’insubordination civile et de rébellion,  dans l’espoir de détruire l’unité du pays et entraîner l’effritement de l’autorité de l’état.

La révolution a le droit et l’obligation de se défendre. Elle doit user de tous les moyens légitimes pour barrer la route aux forces de la réaction. Elle, qui a chassé la dictature, qui a parié sur la démocratie, les droits de l’homme, le respect des libertés, la modernité et le progrès, qui a pour objectif de rendre au peuple sa fierté, sa dignité et sa souveraineté, ne peut perdre de vue qu’elle reste, malgré la noblesse de ses objectifs, la cible de nombreuses forces hostiles, de l’intérieur et de l’extérieur, qui veulent la faire avorter. Elle n’aura pas droit, certainement, au même élan, unanime, de sympathie et de soutien, de tout l’Occident, dont les révolutions des pays de l’Europe de l’Est ont bénéficié, dans le passé. Il est clair qu’elle aura à affronter l’animosité d’une droite occidentale, qui a déclaré une guerre sans merci à toute la civilisation arabo-musulmane et ses représentants. Une droite qui ne lui pardonnera pas son appartenance culturelle et religieuse, qui a toujours renié le droit à la liberté et à la dignité à tout citoyen arabe ou musulman, qui a œuvré et œuvrera afin que son pays restera, à jamais, divisé, miné par des conflits internes et des guerres fratricides. Une droite qui agit de concert avec le capitalisme financier et le néocolonialisme.

Nos modernistes et intellectuels libéraux,  restés fidèles à la révolution et ses objectifs, font un mauvais calcul s’ils croient que nous tunisiens, nous pouvons amadouer ces forces hostiles, à coups de concessions sur notre identité. La montée des courants extrémistes, dans les autres pays du printemps arabe, laisse présager, hélas, pour notre pays qui a choisi la modération, la tolérance et le dialogue entre les civilisations, un long itinéraire, difficile, truffé de dangers, qu’il doit traverser, en solitaire. Une expérience unique. Toute faiblesse, toute hésitation, toute erreur d’orientation risque d’être lourde de conséquences et condamner toute notre région à plusieurs autres décennies de souffrance et de dictatures.

Il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire que toutes les forces révolutionnaires, tunisiennes, resserrent leurs rangs et ne se trompent pas d’ennemis. Celles qui s’obstinent à alimenter une bipolarisation, religieux, non religieux, celles qui se livrent à la surenchère idéologique, les chantres de la propagande islamophobe de la droite xénophobe et raciste, étrangère, rendent consciemment ou inconsciemment un fier service à la contrerévolution et aux ennemis de notre pays et porteront la lourde et terrible responsabilité historique de l'échec du printemps tunisien  et du retour de la dictature.