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La léthargie

La Tunisie a connu durant ces trois mois écoulés, sous le nouveau gouvernement Essid, formé le 06 février de l’année en cours, une baisse, relative, des dissensions politiques, après la chute de l’effervescence électorale, et la régression de la vague des protestations qui ont secoué les principales villes du Sud, suite à des déclarations, jugées hostiles aux habitants de cette région, défavorisée, faites par le chef de l’État actuel et des membres de son entourage, pendant et au décours des dernières élections présidentielles.

 

 

 L’accalmie n’a pas, cependant, concerné le domaine social. Les revendications n’ont pas diminué. Des grèves, réussies, décidées par la Centrale Syndicale, et des arrêts de travail, sauvages, ont ponctué l’actualité de ces dernières semaines. Ils ont touché des secteurs publics importants, comme l’éducation, le transport, les exploitations minières du phosphate ou la santé. Peu ou pas de répit, non plus, sur le plan sécuritaire. Les actes terroristes se sont poursuivis. Le plus spectaculaire a été celui du Musée du Bardo qui a causé un nombre important de victimes parmi des touristes étrangers.
La pause politique a été imposée aux différents belligérants, qui avaient besoin de récupérer leurs forces après la dure épreuve du dernier scrutin et d’adapter leurs plans d’action et stratégies à de nouvelles réalités politiques, révélées par le verdict électoral. L’imminente reprise des hostilités est annoncée par des critiques, parfois assez vives, adressées ces derniers jours par des dirigeants politiques, de l’opposition, au Chef du Gouvernement et au Président de la République, et certains membres de leurs équipes.

Les trois premiers mois du gouvernement Essid, ne sont guère encourageants. Ses multiples bévues, jointes à celles de la Présidence de la République, ont crée une atmosphère insolite, tragi-comique, de faillite générale. Personne n’a la moindre idée des orientations du gouvernement actuel, de ses choix économiques, de ses priorités, de ses projets, de ses positions sur les grands problèmes internationaux ou des règles et principes qui fixent ses relations avec les autres pays ou les organisations internationales. Les nouveaux ministres, à quelques exceptions près, paraissent perdus, très peu au fait des principaux problèmes qui concernent leurs départements. Le parti qui a remporté le plus grand nombre des voix aux dernières élections, et qui regroupe des caciques de l’ancien régime, semble avoir pour unique et majeur souci de renforcer sa mainmise sur les rouages de l’État, et d’évincer, progressivement, ses alliés de circonstance des centres importants de décision. Les dernières et nombreuses nominations partisanes de ces premiers mois, confirment une volonté d’hégémonie, qui a fait craindre, à de nombreux observateurs, un retour, progressif, au parti unique, et ses corollaires, le clientélisme, l’arbitraire et la corruption.

Le rendement, jusqu’à présent, très faible, du pouvoir actuel, ses tendances autocratiques, ses violations répétées de la constitution, son népotisme et les rumeurs, persistantes, de corruption au niveau de ses sphères les plus élevées, ont donné naissance à des bruits sur un prochain remaniement ministériel, voire, le départ, imminent, de l’actuel chef du gouvernement, qui serait démissionnaire. Effacé, ce dernier a, visiblement, beaucoup de difficultés à tenir son équipe en main et rappeler à l’ordre ses différents ministres qui ont, pour la plupart, un comportement partisan, obéissant, en priorité, à des calculs politiciens ou des considérations purement idéologiques. Deux partis, Afek Tounès et Ennahdha ont dénoncé le manque flagrant de concertation et de coordination au sein de l’équipe gouvernementale dont ils font partie.

l’opposition qui se prépare à affronter le gouvernement actuel, n’est pas, pour autant, sûre, malgré les multiples défaillances de ce dernier, de gagner son duel. Elle même, discréditée et affaiblie, elle aura du mal à convaincre une opinion publique excédée par une classe politique qui a, lamentablement, échoué, toutes tendances confondues, à tenir ses promesses et améliorer ses conditions de vie, assez difficiles. Elle manifeste son désappointement par une indifférence, de plus en plus évidente, face à l’actualité politique du pays, et un désintérêt de la chose publique, proches, sinon identiques, à ceux qui avaient prévalu sous la dictature, en réponse à ses nombreux excès et abus.

L’avenir semble incertain pour de nombreux tunisiens. La situation reste volatile sur le plan social et sécuritaire. Seule une infime partie de la population, caresse, encore, le rêve insensé de voir la coalition actuelle, mener une action pour l’assainissement de nombreux secteurs gangrenés comme la justice, l’éducation ou la santé. La majorité, de guerre lasse, sombre, progressivement, dans un état d’anesthésie, de léthargie prolongée, sous l’effet, combiné, des déclarations soporifiques, du chef d’Ennahdha, le parti islamiste, qui se veulent rassurantes, et la splendeur, renouvelée, de la médiocrité d’un environnement sociopolitique et culturel, spécialement conçu pour l’émousser et l’abrutir.

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