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Y a-t-il un médecin dans le pays ?

L’ancien Président se prépare à reprendre son activité politique, après une brève pause qui a suivi sa défaite lors des dernières élections, face au Président actuel, Caid Essebssi. Beaucoup de ses sympathisants attendent son retour, avec espoir. D’autres, tout aussi nombreux, sont moins enthousiastes, plus sceptiques. Tout en continuant à le soutenir, estimant qu’il demeure l’un des meilleurs hommes politiques du pays, ils expriment, gagnés par la lassitude et la résignation, un sérieux doute quant à ses chances de parvenir à changer, radicalement, le paysage politique, plutôt sombre, qui domine, actuellement, la scène nationale. Leur moral est au plus bas. C’est le cas, aujourd’hui, d’ailleurs de la grande majorité des tunisiens. Avec l’augmentation des périls et des incertitudes, les bruits de bottes et les branle-bas de combat, aux frontières, et l’inquiétante et constante montée du terrorisme, très peu de nos concitoyens croient, encore, à la vertu de l’engagement politique ou à la capacité de la nouvelle élite, aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition, de faire face à une situation devenue critique, de plus en plus incontrôlable.
Marzouki, et sa Mouvance de Peuple Citoyen, parviendront-ils à avoir raison de cette grande morosité qui a frappé le pays et gagné la population, toutes classes confondues ? Ce désenchantement général, qui frise le désespoir, qui peut basculer, à tout moment, en une panique générale et se traduire par une vaste réaction de sauve qui peut, représente un énorme défi qui ne peut être relevé que par une initiative qui tranche, d’une façon radicale, par l’originalité de son discours et de ses moyens d’action.

Marzouki traine, comme un handicap, l’échec de la Troïka. La voie réformiste, que cette dernière avait suivie, a, en effet, amplement prouvé ses limites. Elle a subi un sérieux désaveu populaire, avec les résultats des derniers scrutins. La voie progressive, à mi-chemin de la Révolution et d’un retour au statu quo ante, n’a pas abouti. Elle n’a récolté que les critiques et les mécontentements, des deux camps, pro et anti révolutionnaires. L’un lui reprochant de trop faire, l’autre pas assez. La Mouvance de Peuple Citoyen aura bien du mal à gagner les cœurs et les esprits des tunisiens, si elle garde la même ligne politique qui s’est révélée totalement inopérante. Elle doit convaincre les tunisiens qu’elle représente une alternative crédible à la tendance réactionnaire, représentée par les partis actuellement au pouvoir, qui préconisent, sous prétexte de faire retrouver au pays son fragile équilibre, de faire marche arrière et retourner aux bonnes vieilles recettes qui avaient prouvé leur efficacité sous l’ancien système. Présenté comme étant celui de la sagesse et du réalisme, ce choix est justifié, selon ses défenseurs, par le contexte, particulièrement difficile, actuel. En réalité, les chances d’aboutir d’une telle politique sont minimes, car elle ne tient pas compte des changements qui se sont produits, à un très grand rythme, durant ces dernières années, aussi bien à l’intérieur du pays que dans le monde et qui ont généré une situation tout à fait nouvelle, très différente de celle qui prévalait avant. L’équilibre des forces politiques et sociales à l’intérieur du pays n’est plus le même. Les soutiens extérieurs, traditionnels, sur lesquels on semble, énormément, tabler, sont devenus très hypothétiques. L’aide tant attendue des amis de l’étranger, reste désespérément parcimonieuse et très limitée, et ressemble bien plus à un traitement palliatif, qui cherche, plutôt, à soulager un patient gravement atteint, qu’à le guérir. Malgré son caractère dérisoire, son prix est exorbitant. Elle est, en effet, liée à un ensemble de demandes et d’exigences, quasi impossibles à supporter par le pays et sa population.

La coalition gouvernementale actuelle, aux ambitions très modestes, ne connaîtra pas, probablement, plus de succès que sa précédente. Marzouki n’aura pas à recourir au populisme et à la démagogie et à abandonner son discours réaliste, droit et rigoureux, pour exploiter ses insuffisances. Il doit retrouver un ton juste, qui, sans essayer de minimiser la difficulté du présent, flatte la fierté nationale, rappelle les principes et les objectifs de la glorieuse révolution tunisienne, et dénonce, clairement, le comportement de certains intervenants étrangers, qui, directement ou indirectement, par l’intermédiaire de leurs nombreux agents, visent, par leurs faux conseils et différents chantages, à enfoncer le pays dans la crise et augmenter sa dépendance politique et économique, vis-à-vis de l’extérieur. La Tunisie a besoin d’un sursaut, salutaire, de dignité qui rompt avec le défaitisme et le pessimisme mortels, actuels. Il est primordial de tenir compte de ce facteur psychologique, essentiel pour amener le patient Tunisie à reconnaître son mal, à l’affronter et à participer, activement, à son traitement, rejetant tous les remèdes et médicaments inefficaces, voire dangereux, que certains charlatans continuent à lui prescrire, au risque de mettre, sérieusement, sa vie en danger.

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