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Vers une nouvelle guerre d’usure contre l’Iran ?

Les événements au Yémen ont pris une tournure dramatique avec l’opération « Tempête Décisive », lancée par une coalition menée par l’Arabie Saoudite et regroupant le reste des pays du Conseil du Golfe (à l’exception d’Oman), l’Égypte, la Jordanie, le Soudan, le Maroc et le Pakistan. L’Égypte n’a pas fourni d’avions de combats. La participation de sa marine est incertaine. La collaboration du Pakistan est, pour le moment, purement logistique. L’intervention vise à arrêter la progression fulgurante des partisans de A. Houthi, de confession chiite, et de son allié A. Salah, l’ancien Président du pays, qui ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes, dont la capitale, Sanaa. 

 

 

L’Organisation de la Coopération Islamique, l’Union Internationale des Savants musulmans, et son chef Y. Qaradawi, ont accueilli avec une grande satisfaction l’intervention militaire de l’Arabie Saoudite, qui doit  contrecarrer « l’extension de l’influence des chiites au Yémen ». Le Secrétaire Général de la  Ligue Arabe a annoncé, à l’issue d’un Sommet, réuni à la hâte, que les raids aériens de la coalition « continueront jusqu’à ce que la milice des Houthis dépose les armes ».

Convoi de pétroliers koweïtiens sous protection de l'US Navy en 1987 Convoi de pétroliers sous protection de l’US Navy en 1987

L’Arabie Saoudite n’est, apparemment, pas la seule à estimer que l’Iran est allé trop loin. La Turquie d’Erdogan, qui a toujours pris soin d’éviter de critiquer, ouvertement, son grand voisin, a fait, cette fois, exception à la règle. Commentant l’intervention saoudienne, Erdogan l’a, clairement, justifiée par les ingérences, jugées intolérables, de Téhéran dans les affaires du Yémen. Il a, ainsi, apporté un soutien de taille, sans équivoque, et assez ferme aux saoudiens. Sa position confirme la nette amélioration des relations entre Ankara et Riyad, depuis l’ascension au trône, en novembre 2011, du Roi Salmane. Dans la foulée, le Président turc a annoncé que l’entraînement des factions syriennes, modérées, qui s’opposent au régime de Bachar Al Assad, va, bientôt, commencer dans des camps situés aux frontières de son pays avec la Syrie. Il a, ainsi, réaffirmé sa détermination à en finir avec le régime de Damas et son Président, que Téhéran et la Russie continuent à soutenir avec une grande obstination. Les propos d’Erdogan ont valu à son pays une note de protestation officielle de l’Iran. En réaction à l’opération « tempête décisive », le chargé des affaires arabes, au sein du département des  relations étrangères, iranien, s’est contenté d’une déclaration laconique, affirmant que son pays « continuera à soutenir le peuple yéménite contre les terroristes », faisant allusion à la présence des combattants d’Al Qaeda, au Yémen.

Les États-Unis ont manifesté leur soutien à l’action menée par leurs « partenaires » de la coalition et ont promis de leur fournir une aide logistique. La Russie a demandé l’arrêt immédiat de toute intervention militaire au Yémen. Elle aurait envoyé des navires de guerre vers le détroit, stratégique, de Bab El-Mandeb, l’un des couloirs de navigation le plus fréquenté au monde, qui relie la mer rouge au golfe d’Aden, dans l’Océan indien.

Les Yéménites sont les grands perdants de l’internationalisation de leur conflit interne, qui risque de s’éterniser. Les appels au dialogue ont peu de chances, pour l’instant, d’aboutir. Le conseiller du Guide Suprême de la Révolution iranienne vient d’avertir que l’opération militaire saoudienne marquera le début d’un « long conflit dans la presqu’île arabique ». Il est possible, en effet, qu’elle inaugure une guerre, prolongée, d’usure, destinée, à l’instar de la guerre entre l’Irak et l’Iran, à affaiblir l’Iran, déjà engagé en Syrie et en Irak, et à diminuer ses capacités militaires. La guerre civile du Yémen a duré huit ans, de 1962 à 1970. Elle s’est révélée très coûteuse pour l’armée Égyptienne, qui s’est rangée du coté des républicains du Sud, contre les royalistes du Nord, soutenus par l’Arabie Saoudite et le Royaume Uni.

Avec les événements qui ont marqué, ces derniers jours, la situation au Yémen, commencent, à se dégager, les principaux traits d’un nouvel ordre qui tend à s’instaurer au Proche Orient. Il est, ainsi, intéressant de noter l’absence, quasi totale, du Conseil de Sécurité de l’ONU. Aucun  membre de la coalition n’a cherché à obtenir son autorisation préalable, avant de déclencher l’opération. Le recours aux frappes aériennes n’est plus un privilège exclusif des grandes puissances. Certains pays arabes, privilégiés, investis d’un rôle de gendarmes, sont, désormais, à l’instar d’Israël, autorisés à utiliser leur aviation, à volonté, contre … d’autres États arabes ou mouvements récalcitrants, « voyous ». A défaut d’une force de frappe arabe, qui ne verra, probablement jamais, le jour, la Coalition de la « Tempête Décisive », peut évoluer vers une  alliance militaire reconnue, déjà, de facto, et qui aura pour rôle de contenir l’Iran et son grand allié, la Russie, de neutraliser les organisations jihadistes de la région, y compris, peut-être, les palestiniennes, et de veiller à ramener dans les rangs les brebis galeuses, tentées, par un air malsain de liberté et de démocratie. Le rôle, éventuel, du Pakistan, dans un telle organisation , reste à définir. L’Égypte de A. Sissi, probablement à cause de sa politique de rapprochement avec Moscou et de sa brouille avec la Turquie et le Qatar, ne semble pas, encore, bien acceptée dans le  club, très fermé, des partenaires, « sûrs », de l’Occident, qui forment le gros de la coalition de l’opération « tempête décisive ». L’Algérie qui vient de signer un important contrat d’achat d’armes à la Russie et dont la politique reste farouchement nationaliste, n’est pas non plus la bienvenue dans ce groupe. Le Ministère des Affaires Étrangères de notre pays s’est efforcé de produire un communiqué officiel équilibré. La Tunisie n’a été, apparemment, ni consultée, ni informée ni sollicitée, lors des derniers événements. Le Président de la République et et R. Ghannouchi, le Président d’Ennahdha, le deuxième grand parti de la coalition gouvernementale, d’inspiration religieuse, ont exprimé un prudent soutien à l’intervention saoudienne. Des bruits circulent sur le financement par les Émirats Arabe Unis d’un achat d’armes françaises pour  les besoins de notre défense nationale. S’ils se confirment, ils ne laisseront aucun doute sur le choix de nos dirigeants de se ranger du coté des pays de la coalition, au risque de froisser l’Iran et surtout, aussi l’Algérie, notre grand voisin, dont la collaboration est vitale dans notre combat contre le terrorisme.

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