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Pour une mobilisation générale contre le terrorisme et la crise économique

Le terrorisme a, encore une fois, frappé. Il a fait de nouvelles et nombreuses victimes parmi d’innocents touristes, qui, le temps d’une escale, se sont rendus au musée du Bardo, une banlieue de Tunis, pour voir des vestiges témoins des multiples civilisations qui ont forgé, au fil des siècles, notre personnalité et manière d’être. La mort les a surpris. Elle était au rendez-vous. C’est à une démonstration d’une toute autre nature, qu’ils ont eu droit. Un acte de folie meurtrière leur a fourni, de cette terre, que certains d’entre eux, peut-être, foulaient pour la première fois, et de ses habitants, une image terrifiante, horrible. Le mal, un très grand mal, est fait au pays, à son économie, à sa population.

By Josiehen (Own work) [CC BY-SA 3.0 or GFDL], via Wikimedia CommonsAvenue H. Bourguiba – par Josiehen [CC BY-SA 3.0 or GFDL], via Wikimedia Commons

Grande stupeur et consternation des tunisiens. Beaucoup ont espéré que le terrorisme disparaîtra avec le départ de la Troïka et des islamistes du pouvoir. Certains, qui leur reprochaient leur «laxisme» face à sa montée, au lendemain de la Révolution, leur imputaient la responsabilité de son ampleur actuelle. Le travail effectué par le gouvernement Jomaa n’a pas porté ses fruits contre la nébuleuse terroriste. La fermeture de nombreuses associations, proches des islamistes, ou le gel de leur activité, la reprise des mosquées rebelles aux mains des intégristes, les changements effectués à la tête des commandements de l’armée, et du ministère de l’intérieur, n’ont pas aidé à l’affaiblir ou l’enrayer. L’attentat, de part le nombre de ses victimes, leur identité, des civils, étrangers, son lieu d’exécution, tout près du siège de l’Assemblée des Représentants du Peuple, sa chronologie, le jour où les députés débattaient de la nouvelle loi sur la lutte contre le terrorisme, est, même, à tous ces égards, le plus grave et le plus dangereux de tous ceux qui l’ont précédé.

Il est peut-être, encore tôt de se prononcer sur la signification de la dernière attaque terroriste et ses conséquences, à court et à moyen terme, sur le paysage politique dans le pays et ses relations étrangères. Les partis qui ont participé à la Troïka, y compris les islamistes, plutôt sur la défensive, affichant profil bas, n’ont pas osé critiquer le gouvernement, appeler à sa démission ou, même, dénoncer les multiples failles sécuritaires révélées par l’attaque. Sur les plateaux de télévision d’anciens cadres, et des représentants des syndicats des forces de l’ordre, ont tenté de convaincre l’audience qui les suivait que la Révolution, et la gestion catastrophique des affaires sécuritaires par la Troïka et les islamistes, sont à l’origine de la menace terroriste qui pèse actuellement sur le pays. Certains manifestants, du Front Populaire et de l’UGTT, la Centrale Syndicale, ont ressorti des slogans anti islamistes, accusant le Président d’Ennahdha, un parti d’inspiration religieuse, modéré, d’être de mèche avec les « assassins ». Des pigistes ayant pignon sur rue, participant aux débats télévisés, ont mis en cause les nouvelles libertés, jugées excessives et sources de tous les dangers.

L’attentat a, encore une fois, admirablement servi l’ancien establishment, qui l’a exploité sans vergogne et avec beaucoup d’arrogance. Les élections du Bureau Politique de Nidee Tounès, le parti majoritaire au pouvoir, ont été marquées par un retour en force des figures, bien connues, de l’ancien parti unique. Les islamistes et les partis de la Troïka sont sur les bancs des accusés. Les médias aidant, ils sont désignés à la vindicte d’une population, très traumatisée. La France, très critiquée pour son soutien à Ben Ali, a, également, profité de l’occasion pour essayer de regagner les cœurs des tunisiens. Ses médias et ses intellectuels, certains entretenaient des relations très étroites avec la dictature, se sont mobilisés pour exprimer leur soutien au peuple de la Tunisie, qui paye « la rançon de ses choix démocratiques et contre l’intégrisme ». Un député d’un parti au gouvernement lança, quant à lui, une diatribe contre Qatar l’accusant, ouvertement, de financer le terrorisme en Tunisie. Les Etats-Unis se sont contentés de réitérer leur condamnation du terrorisme et d’exprimer leur attachement à la sécurité de la Tunisie.

Ce n’est pas la première fois que, d’une façon transitoire, conjoncturelle, des organisations terroristes, des superpuissances et des forces politiques à l’intérieur d’un pays, agissent dans le même sens pour des objectifs différents. Le terrorisme, n’a d’autres soucis que de s’implanter solidement sur notre terre. Il suit à la trace, telle une meute d’hyènes, les grands carnassiers de l’ordre capitaliste mondial, en essayant, chaque fois, de leur arracher leur proie. Les bouleversements produits par la mondialisation et l’expansionnisme américain, ont constitué le ferment idéal pour son développement et l’élargissement, considérable de sa base d’action. Les réformistes, nationalistes, les socialistes, les sociaux-démocrates2, suscitent la méfiance du nouvel ordre mondial qui cherche à s’installer dans la région. Presque autant, sinon plus, que les islamistes, même les plus modérés, soupçonnés de double jeu. L’attentat n’a profité ni au front populaire, ni à l’aile gauche séculière, intellectuelle, de Nidee Tounès, ni à Ennahdha et les partis de tendance sociale-démocrate, qui ont participé à la Troîka. L’actuel Président de la République, et ses partisans, ont réussi, quant à eux, à s’en sortir sans grands dégâts. Ils ont, même, pu en profiter pour marquer de précieux points contre des « alliés », quelque peu encombrants, de gauche et islamistes. L’ancien establishment et ses hommes d’affaires véreux, qui souhaitent, ardemment, la fin du cauchemar révolutionnaire et un retour au bon vieux temps, ont grand espoir de voir leur rêve se réaliser. Le Président de la République vient, en personne, de proposer, sous prétexte de réconciliation et d’unité nationales, face au péril terroriste, que l’on tourne la page, lève l’interdiction de voyager qui les concerne, et ne pas les poursuivre devant les tribunaux de la justice, transitionnelle ou classiques, pour les méfaits qu’ils ont pu commettre.

Les forces favorables à la démocratie et aux libertés sont divisées, et semblent incapables d’imaginer une riposte aux coups terroristes. La gauche, obsédée par le péril islamiste, n’a pu rien faire pour parer à une orientation de plus en plus nette vers un régime de capitalisme sauvage, très peu soucieux du sort des classes déshéritées. Pris en otage, les tunisiens, très attachés à leurs nouvelles libertés, chèrement payées, et à leur unité nationale, attendent un sursaut salvateur d’une nouvelle élite, contre le terrorisme et les forces néo-colonialistes et leurs pernicieux projets. Elle doit fasse preuve, si elle veut rester à la hauteur de sa mission, de beaucoup plus de courage, de cran et d’ingéniosité dans la lutte contre le terrorisme et pour le redressement de la situation économique du pays, les deux tendons d’Achille de la Révolution. Une mobilisation générale, de toute la population, est nécessaire pour remporter les deux grandes guerres que nous sommes condamnés à mener, contre le terrorisme et son puissant allié, la pauvreté.

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