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Les vieux réflexes ont la peau dure !

Près de 1500 listes ont été enregistrées, selon le bilan officiel présenté par le Président de l'ISIE, lors d'une conférence de presse marquant la fin des dépôts de candidatures dans la course aux élections législatives. Un tiers sont indépendantes et 150 appartiennent à des coalitions. Sur les 200 partis, environ, que compte le pays, le nombre de ceux qui ont réussi à "couvrir" les 33 circonscriptions électorales, ne peut dépasser, mathématiquement, et dans tous les cas, la trentaine.

En réalité il est bien moins important, pas plus qu'une quinzaine, probablement. Certains partis ne se sont présentés que dans une ou deux circonscriptions, où ils parient sur le soutien de quelques noms de familles, influentes, dans des régions où les liens de sang et les alliances tribales continuent à jouer un rôle prépondérant dans le choix des électeurs. La puissance d'un tel réflexe a été démontrée par El Aridha Ecchaabia, qui a réussi, lors des élections du 23 octobre, à remporter, à la surprise générale, et à l'insu de tous les observateurs, près de 30 sièges, se classant troisième, juste derrière le CPR, par le nombre total de ses représentants à la Constituante. Tous les partis, mêmes parmi les plus importants sur la scène politique, ont dû tenir compte de ce facteur, "régional", dans leur dernier choix des têtes de listes actuelles, faisant passer, parfois, au second plan, le militantisme du candidat, ses opinions, sa compétence et sa probité. 
Il y a, sans doute, dans le lot des listes indépendantes une grande proportion de candidatures fantaisistes. Le mode de scrutin proportionnel, au plus fort reste, sans seuil électoral, n'étant pas, loin de là, de nature à les décourager. Conçue pour favoriser les petits partis et assurer une représentativité adéquate à toutes les franges de la société, la méthode préconisée pour la répartition des sièges n'est pas sans inconvénients et peut aboutir à une assemblée bigarrée ou des "indépendants" et semi-indépendants, issus de quelques formations obscures, peu structurées, ou de petits partis sans poids électoral réel, agissent, une fois élus, pour leur propre compte, au gré de leurs intérêts et de celui des parties qui les ont financés; n'hésitant pas à changer d'allégeance au cours de leur mandat, et trahir la volonté de leurs électeurs. 
La nouvelle assemblée sera bien plus docile que l'actuelle, moins engagée, plus "raisonnable". Il est probable, aussi, que les nouveaux députés se montreront moins assidus et plus cupides que leurs prédécesseurs, et qu'ils auront, en surplus, la tâche bien plus facile, avec un gouvernement "consensuel", et un panel "d'experts", prêt à courir à leur secours au moindre litige. Tout le monde trouvera son bonheur dans la nouvelle république, ... sauf, bien sûr, les laissés pour compte, les marginalisés, les habitants des zones déshéritées qui ont affronté les balles de la dictature pour retrouver leurs droits et leur dignité. On n'a rien à leur promettre que les matraques et les bombes lacrymogènes, offertes généreusement de l'étranger, et en grande pompe, à nos forces de sécurité.

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