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Un pays trahi par son élite

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La première et, sans doute, la plus importante leçon que les tunisiens ont, finalement, retenue, de cette courte et vite réprimée, tentative de libération, qui fut la première révolution du 21e siècle, est que leur principal ennemi, le plus dangereux, le plus sournois, se trouve, loin, très loin de leurs frontières, dans des pays, qu'ils ont toujours, pourtant, considérés comme frères et amis. Leurs gouvernements ont été les principaux instigateurs d'une action orchestrée qui a, délibérément, saboté toute tentative de réforme et de changement, visant à doter le pays d'un régime démocratique et mettre en place un pouvoir patriotique, populaire, et représentatif, qui œuvre pour la prospérité et l'épanouissement de ses concitoyens. La deuxième leçon, est qu'ils sont, à l'évidence, bien incapables d'affronter, tout seuls, les complots et conspirations de ces forces hostiles, aux moyens considérables, bien rompues à l'art d'asphyxier l'économie d'un pays, discréditer ses dirigeants, fomenter des conflits au sein de sa population, et démolir, en un tour de main, tout ce qu'il a pu entreprendre ou réaliser, au prix de beaucoup d'efforts et de sacrifices. La troisième a trait à de nombreuses failles dans la société et la classe politique du pays, qui rendent illusoire tout projet de résister à cet ordre mondial injuste. Très peu de tunisiens avaient une réelle conscience de l'importance des évènements qui ont abouti à la fuite du dictateur, de leur portée, de leur profonde signification, dans un tel contexte international. Très peu d'entre eux étaient prêts à relever les défis, à supporter les inévitables sacrifices, nécessaires pour faire aboutir leur rêve d'un pays  autonome, maître de sa destinée, développé, libre, et régi par un Etat de droit. Le réflexe régionaliste, sectoriel, corporatiste, a dominé la plupart des réactions. Les foules crédules, manipulables à souhait, ont, la plupart du temps, joué le jeu de la contrerévolution, obéissant à des mots d'ordre et des slogans, en faveur du statu quo ante. Les différents gouvernements successifs, ceux issus de la Troïka, en particulier, élus pour défendre la révolution et faire aboutir ses objectifs, ont lamentablement failli à leur mission et portent une lourde responsabilité dans son échec. Ils ont agi avec une extrême timidité, d'une façon hésitante, craintive, accumulant les bévues, les faux pas et les concessions. Plutôt que d'œuvrer à renforcer le souffle révolutionnaire, ils ont, au contraire, tout fait pour l'affaiblir, l'étouffer. La Centrale syndicale a, de son coté, joué un rôle déterminant dans la paralysie de l'économie du pays, en bloquant, notamment, par des sit-in et des grèves sauvages, l'exportation du phosphate, sa principale ressource en devises. L'UTICA, de nombreuses associations de la société civile, des partis politiques, de différentes tendances, des hommes d'affaire, des intellectuels, des journalistes, des soi-disant experts, dans différents domaines, ont, tous, rivalisé, dans le même sens, soucieux, avant tout de préserver leurs propres intérêts, aux dépens de ceux du pays et de ses habitants.   

La révolution a été trahie par une élite, opportuniste et antipatriotique, inféodée à l'étranger. La population désillusionnée, déçue, ne manquera pas de sombrer, à nouveau, dans un profond état de nihilisme et de désespoir,  qui lui fera adopter la même attitude qu'elle avait, avant la révolution, en se désintéressant  de la vie politique, et de ses protagonistes. Les jeunes se refugieront dans l'alcool et la drogue. Ils se rappelleront avec grande nostalgie de la courte épopée de ces trois années d'espoir, gâchées par la bêtise et la traitrise des uns et des autres.

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