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Déjouer le plan des terroristes

Le terrorisme a de nouveau frappé en Tunisie. Deux lâches embuscades à Jendouba ont coûté la vie à trois agents des forces de l'ordre et un civil qui accompagnait l'un d'eux, et ont fait trois blessés. Ces attentats surviennent en représailles à une série de spectaculaires opérations menées par nos services de sécurité, qui  ont causé de lourdes et douloureuses pertes dans ses rangs. Pas moins de sept de ses hommes, dont des plus dangereux, responsables de l'assassinat des deux opposants politiques BELAID et BRAHMI, ont été tués, ces derniers jours.

C'est la première action sérieuse qui survient sous la nouvelle présidence du gouvernement de M. JOMAA, un technocrate indépendant. Les terroristes qui n'ont jamais, jusqu'à maintenant, formulé des revendications politiques précises, continuent, ainsi, à s'attaquer à notre pays et ses institutions, sans, apparemment, accorder le moindre intérêt aux changements politiques su, importants, des dernières semaines, avec l'adoption d'une nouvelle constitution, le départ des islamistes et la formation d'un gouvernement issu d'un consensus national, apolitique, et qui a pour mission principale de garantir les meilleurs conditions de transparence et de régularité, aux prochaines élections législatives et présidentielles.

C'est faire preuve d'une grande naïveté, cependant, que de croire que les groupuscules armés, qui continuent à sévir près de nos frontières algériennes et à terroriser nos concitoyens, agissent au pif, au gré des circonstances, sans aucun calcul politique. Bien au contraire, il est plus que probable qu'ils essayeront, d'une manière ou d'une autre, d'agir sur le résultat du prochain scrutin, en intervenant, à leur manière, dans la campagne électorale et, peut-être, même, faire du terrorisme son thème principal. Une ambiance d'angoisse et de peur risque, en effet, d'amener les électeurs à sacrifier leur liberté pour leur sécurité et renoncer à soutenir le processus de transition démocratique. Or c'est ce dernier qui est principalement visé par le terrorisme, qui ne peut prospérer dans une société juste et libre, régie par un Etat de droit.

L'irruption avec force du terrorisme dans le débat pré-électoral peut favoriser l'émergence d'une figure à tendance totalitaire qui se servira, pour arriver au pouvoir, du prétexte bien connu du péril terroriste. Il est, dès lors, impératif que les principaux protagonistes politiques du pays, s'engagent, dès maintenant, à éviter un tel scénario, en bannissant de leur discours toute exploitation, à visée électorale, bassement politicienne, du phénomène terroriste et son corollaire, l'intégrisme religieux. Ils doivent également prohiber les déclarations et initiatives qui peuvent raviver la bipolarisation de la société, entre les partisans de la laïcité et ses adversaires. On assiste, malheureusement, ces derniers jours, et d'une façon concomitante au regain de l'activité terroriste, – une simple coïncidence ? – une reprise des actes de profanation des mausolées et même des sépultures, vaguement attribués à des éléments salafistes. En même temps, certaines parties, qui se réclament d'un islam éclairé, "tunisien", essayent de relancer la polémique sur le port du niqab. On a, même, prêté à l'actuel chef du gouvernement l'intention d'interdire la barbe "islamiste", aux employés de son ministère. Cette rumeur a été, promptement, démentie par le service d'information du Premier Ministre. Cependant, le gouvernement actuel doit se montrer beaucoup plus vigilant face à ces manipulations, qu'il doit dénoncer fermement. Il ne doit pas, non plus, tolérer des prises de position, équivoques, de certains membres de son équipe, qui laissent trahir une sympathie ou un soutien à un courant ou une tendance politique donnée, aux dépens d'une autre. Les déclarations de certains responsables sécuritaires ne sont, pas, toujours, entièrement exemptées de toute arrière pensée politique. Les médias, doivent, également, suivre un code de conduite rigoureux et éviter de servir, consciemment ou non, la cause du terrorisme. Il ne s'agit pas de s'interdire d'en parler ou de l'analyser ou de l'expliquer, mais de s'abstenir de l'amplifier, de faire peur à la population ou lui saper le moral, ou de l'inciter à la haine et à la violence contre une tendance politique donnée.

Le gouvernement de M. JOMAA est devant une très difficile épreuve : éviter que le phénomène terroriste perturbe les prochaines élections et altérer d'une manière ou une autre leur bon déroulement. Une tâche qu'il ne peut assumer, seul, sans le concours des partis politiques, de la société civile et de toute la population. Cette dernière a fait preuve, jusqu'à maintenant, d'une remarquable lucidité et a su éviter, avec brio, malgré les errements des hommes politiques, les redoutables pièges de la bipolarisation et de l'intégrisme aussi bien religieux qu'anti religieux. Les grandes coalitions des partis semblent, également, capables, à l'heure actuelle, de s'entendre sur un code d'honneur qui interdit toute exploitation politicienne, à visée électorale, du phénomène terroriste. Toute dérogation à une telle entente doit être sévèrement dénoncée et condamnée. Toutes ces conditions sont tout aussi nécessaires que les mesures sécuritaires pour vaincre le terrorisme et le neutraliser.

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