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Un gouvernement imposé de l'extérieur

Soulagés, mais sans grand enthousiasme, les tunisiens ont pris acte des résultats du vote qui a accordé la confiance de l'ANC au nouveau gouvernement JOMAA, avec une majorité confortable. La nouvelle formation, pourtant, a bien surpris, voire déçu, beaucoup d'entre eux, qui ont dû la trouver peu assortie avec le contexte politique et socio-économique, explosif, dans lequel vit le pays depuis près de trois ans.

C'est un paradoxe de plus qu'offre la Révolution tunisienne : Un gouvernement de technocrates, froids techniciens, virtuoses du coaching, du marketing, version 2.0, pour mener à bout la phase finale d'une période révolutionnaire des plus mouvementée ! Une première, sans doute, dans les annales de l'Histoire ! Une bien curieuse recette, en effet, qui a été saluée, bien entendue, par l'occident comme une preuve de la maturité et de la sagesse du peuple tunisien et de sa société civile. Une rhétorique hypocrite qui a laissé de marbre la grande majorité de la population.

M. JOMAA a affirmé avoir effectué, tout seul, le choix des membres de sa nouvelle équipe, sans l'aide des partis. A dessein, il aurait fait appel, dans plus de la moitié des cas, à de nouvelles figures, peu connues, qui, comme lui, ont fait l'essentiel de leur carrière, à l'étranger. On prétend, cependant, qu'elles ont été, au contraire, imposées de l'extérieur, par le FMI, la banque mondiale et certaines chancelleries. Il aurait, également, incorporé dans sa formation, sur le seul critère de la compétence, des personnalités au passé opaque, proches de l'ancien establishment. Là, aussi, on le soupçonne d'avoir cédé à des considérations partisanes, voire régionalistes. En réalité, la physionomie générale de sa formation, donne, hélas, une désagréable impression d'un coup de barre à droite, de mauvais augure. On est loin, très loin, des objectifs de la révolution, de son immunisation, de l'assainissement de la justice, des finances, de la lutte contre la corruption, de l'audit des dettes odieuses ... 

M. JOMAA et son nouveau gouvernement, sortis de nulle part, comme dans un tour de passe-passe, n'ont guère impressionné à leur première exhibition publique. Le coup des enfants prodigues, de retour au bercail, pour voler au secours de leur patrie, ne semble pas avoir beaucoup réussi. Les déclarations sur les gros "sacrifices" consentis par ces hommes et femmes, qui ont tout lâché pour courir au secours de leur pays d'origine, n'ont suscité que le scepticisme et la dérision d'une large partie de la population. Beaucoup de tunisiens se souviennent, en effet, avoir déjà entendu de telles affirmations, de la bouche d'autres missionnaires, qui, venus en paisibles universitaires, désintéressés et apolitiques, se sont rapidement transformés en redoutables prédateurs.     

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