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Un anniversaire dans la morosité

Dans un mois, peut-être moins, et à moins d'un imprévu, un nouveau gouvernement, présidé par M. JOMAA, remplacera l'actuel, de M. LAAREYEDH.
Les tunisiens ne sont pas rassurés, pour autant. Seule une petite minorité d'entre eux, ose, en effet, parier sur la fin de la crise. La difficulté de la tâche qui attend le prochain locataire du Palais de la Kasba, et l'importance des défis qu'il aura à relever, sont, en grande partie, à l'origine du scepticisme de l'opinion publique. 

Les diplômes de M. JOMAA, ses succès professionnels, son âge, relativement jeune, plaident, certes, en sa faveur. Mais il reste, pour de nombreux observateurs, un technocrate, sans grande expérience politique, et pour la majorité des tunisiens, un parfait inconnu. Les informations, à son sujet, sont éparses, peu sûres, contradictoires. Inclassable, il intrigue au plus haut point une opinion nationale, devenue très soupçonneuse, et qui redoute, à chaque instant, un coup fourré de l'opposition ou d'un service secret étranger. Le quotidien français, Le Monde, comme pour augmenter le trouble et attiser la méfiance à l'égard du candidat, a affirmé, sur un ton étrangement catégorique, que M. JOMAA a été choisi "sous la pression des pays occidentaux". L'article a été largement diffusé et commenté par les médias tunisiens et dans les réseaux sociaux. Un papier, manifestement commandité, dont le contenu a été, par la suite, vaguement démenti et avec un retard, bien calculé, par les représentants, en Tunisie, de l'Union Européenne et des Etats-Unis. 
Manifestement on a cherché à coller une étiquette "pro-occidental", pas forcément glorieuse à M. JOMAA, dans le but, évident, d'alimenter des doutes sur sa fidélité et sa loyauté à l'égard de son pays. Les partis de l'opposition qui n'ont pas soutenu la candidature de M. JOMAA, suivent de leur coté, et en parallèle, une même stratégie, qui consiste à entretenir le mystère et l'ambigüité autour du prochain chef du gouvernement, avec des déclarations contradictoires, tantôt réservées à son égard, tantôt franchement hostiles. Le rôle joué par le Front du Salut, et tout particulièrement Nidaa Tounès, dans le choix de M. JOMAA est peu clair. Le comportement des représentants du Front, durant le vote et les dernières heures qui l'ont précédé, était assez équivoque. Pourquoi se sont-ils abstenus de voter pour J.AYED, l'autre finaliste, un laïc libéral, et ont-ils, ainsi, couru le risque de faire élire M. JOMAA, un homme d'Ennahdha, à leurs dires ? Des fuites organisées sur les réseaux sociaux et dans certaines publications de l'opposition, lui attribuent, même, des tendances islamistes. Elles font état d'une activité militante de l'intéressé, au cours des années 80, au sein de l'Union Générale Tunisienne des Etudiants, dont l'un des fondateurs n'est autre que Ridha Saidi, le ministre auprès du Premier Ministre chargé du dossier économique, dans le gouvernement actuel. Ce dernier aurait présenté M. JOMAA à A. LAAREYEDH qui lui avait confié, sur ses recommandations, le poste qu'il occupe, aujourd'hui, à la tête du ministère de l'industrie.
La Troïka a réaffirmé son soutien à M. JOMAA. Elle reste, cependant, et pour une raison facile à comprendre, très discrète sur le passé et les opinions politiques du candidat. La même discrétion est de mise du coté de l'UGTT et des trois autres organisations du Quartet. 
Les festivités pour le troisième anniversaire de la Révolution ont démarré dans la morosité. Une lourde ambiance règne sur le pays après l'éphémère soulagement qui a suivi le début de dénouement de la crise et la désignation de M. JOMAA. Il y a une forte atmosphère d'un complot qui se trame. Les échos, récents, sur la multiplication des actes de tortures et de violations des droits de l'homme dans les centres de détention, ont, brutalement, replongé les tunisiens, dans la terrible ambiance qui régnait durant les années de plomb, sous la dictature. Un sentiment de lassitude, de désillusion, de profonde déception, gagne les esprits. Pour le moment c'est le seul résultat tangible du dialogue national.

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