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Il faut changer d'âne !

A peine la partie commencée, et après quelques tirs au but, mal cadrés, l'arbitre a suspendu, pour antijeu, le derby, tant attendu, qui opposait la Troïka, à son domicile, à ses hôtes de l'opposition. Le dialogue national s'est interrompu dès son début, dès sa première semaine, destinée à désigner un premier ministre au futur gouvernement. Un cuisant échec pour le Quartet, qui, avec une assurance étonnante, avait, pourtant, prévu un itinéraire sans faute, avec un calendrier précis, de trois semaines. Un sérieux coup porté à sa crédibilité et à sa sacrosainte feuille de route, qu'il s'était engagé à faire respecter, à la minute près. Le Secrétaire Général de la Centrale Syndicale, son porte parole, a promis, sur un ton menaçant, la reprise rapide du Dialogue National, sur "de nouvelles bases solides".

Il s'est, cependant, bien gardé de désigner le responsable de son échec. La Troïka reproche aux trois candidats de l'opposition d'avoir collaboré, dans le passé, avec la nébuleuse mafieuse politico-financière, qui avait dominé le pays sous la dictature. Leur neutralité est d'autant plus douteuse qu'ils sont, tous, très proches d'un puissant homme d'affaire, proche du dictateur, et qui semble garder une très grande influence dans le pays. Ses liens avec un grand nombre des figures, les plus en vues, de l'opposition, se sont illustrés à l'occasion d'un mandat d'amener, émis à son encontre, dans une ténébreuse affaire d'atteinte à la sureté de l'Etat. Des députés dissidents, des membres de Nidaa Tounès et du front populaire, qui forment le noyau dur de l'opposition, ont accouru pour lui prêter main forte, en multipliant, devant les caméras, et à sa sortie du bureau du juge d'instruction, les courbettes et les professions de loyauté, se comportant d'une façon qui rappelle, jusqu'à l'écœurement, celle des courtisans de l'ancien régime. L'épisode a, subitement, rappelé aux tunisiens le cadre malsain dans lequel se déroule le dialogue national et son agenda plus que suspect. 

Une grande partie de l'opinion nationale a vu ses soupçons confirmés : le prétexte de dialogue cache un vil chantage exercé par une bande mafieuse locale et internationale, avec la complicité du Quartet, pour dicter au pays ses futures orientations, aussi bien politiques que financières et économiques. Le processus démocratique, jugé le plus dangereux, est visé en premier lieu. L'exemple tunisien dérange énormément. Sa réussite peut constituer une sérieuse menace pour certaines oligarchies arabes et de nombreux pays riches, néocolonialistes, hostiles à l'indépendance effective et l'émancipation politique des peuples d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Débarrassés de la dictature, des régimes traitres, qui traitaient avec leurs ennemis et les maintenaient dans un état de pauvreté et de grande dépendance, ces derniers chercheront, en effet, à protéger leurs richesses et mettre un terme au pillage systématique de leurs biens, par des multinationales et lobbies capitalistes financiers étrangers. 

Tout laisse à croire que le baudet du dialogue national, s'est nourri du foin de la dictature et a bu de son eau. Avec l'obstination légendaire des représentants de son espèce, il continue à prendre, malgré toutes les incitations, le même chemin de retour, à son ancienne écurie !

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