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Une situation bien inquiétante

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Que nous cache-t-elle la prochaine étape transitoire, qui devrait bientôt commencer, avec la formation du nouveau gouvernement? 
Selon un récent sondage, 60% des tunisiens sont persuadés que le dialogue national permettra de ramener la paix sociale et politique, et d'assurer au pays le calme nécessaire au bon déroulement des prochaines élections. Le pourcentage avancé, très exagéré, devrait être, à mon avis, divisé par deux, pour rester proche de la réalité. Peu de tunisiens, en effet, sont aussi confiants que Cheikh Ghannouchi dont la béatitude, sur le petit écran, a fortement irrité les plus grands de ses inconditionnels. Ses assurances, celles du Secrétaire Général de l'UGTT, du Président de la Constituante, et les propos mielleux des députés dissidents, qui ont repris leurs sièges à l'hémicycle du Bardo, ne peuvent, en effet, occulter de nombreux sujets de grande inquiétude, qui ne poussent guère à l'optimisme. 



Les tunisiens ne sont pas prêts à oublier, de sitôt, le mercredi noir, du 23 octobre dernier. Outre le terrible attentat qui a coûté la vie à six officiers et sous-officiers de la garde nationale, et presque aussi préoccupante que le terrorisme, est l'apparition, ou le retour, ce jour-là, des casseurs, hommes de mains et barbouzes, recrutés parmi les repris de justice et les délinquants, par certains partis politiques. Des "Baltajias", à l'égyptienne, qui, en toute impunité, ont perpétré des agressions contre des représentants des partis au pouvoir ou qui leur sont proches, ont incendié leurs locaux, et empêché, de force, leurs meetings et réunions. Des citoyens ont été molestés, à cause de leur apparence physique, leur accoutrement ou appartenance politique. Ces agissements constituent de graves violations aux libertés et droits individuels. Ils n'ont, pourtant, suscité que des réactions mitigées des partis de l'opposition et des nombreuses organisations, dites de la société civile. La LTDH a publié un communiqué tardif et peu convaincant, pour dénoncer les saccages et incendies, dans certains gouvernorats, des locaux d'Ennahdha, le parti dominant au pouvoir. Le Ministère de l'Intérieur est resté muet, ne prenant même pas la peine d'annoncer l'ouverture d'une enquête à ce sujet. De lourds soupçons pèsent sur certaines unités des forces de l'ordre qui n'auraient rien fait pour empêcher les casseurs de se livrer à leurs horribles forfaits. Certains médias ont presque justifié leur comportement, en l'attribuant à des "habitants en colère". Des policiers déchaînés, tirant prétexte de la mort de six de leurs collègues, ont paradé, le lendemain, sur l'avenue Bourguiba, en s'engageant à "protéger le peuple", en le débarrassant des "politiques incompétents". Ils ont réclamé, également, le limogeage de certains hauts gradés et directeurs de leur département, nommés, d'après eux, sur des considérations partisanes. Leurs exhibitions ont été largement couvertes par certains médias, visiblement ravis. L'UGTT a, même, exprimé son soutien aux rebelles dont l'action n'avait, pourtant, rien de syndical.

Il s'agit là de redoutables prémisses qui peuvent annoncer, non pas la naissance de la première démocratie arabe et musulmane, mais, hélas, une évolution vers un modèle de dictature, à la sud-américaine,. 

Il est à craindre que la nouvelle étape ne soit l'occasion, pour certaines parties, profitant de la faiblesse inéluctable d'un gouvernement de technocrates, apolitiques, pour mettre sur pied des milices et autres escadrons, intimider leurs adversaires et les empêcher, ainsi, de mener leur campagne électorale en toute sérénité.

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