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Une opposition en mauvaise posture

A l'occasion de la fête de l'Aïd, diverses chaînes de télévision ont recueilli, au hasard, les vœux de différents citoyens. Un grand nombre d'entre eux étaient visiblement angoissés par la situation politique dans le pays, et ont exprimé, à ce propos, l'espoir d'un retour, rapide, du calme et  la stabilité qui caractérisaient leur patrie. La plupart, cependant, ont évité de prendre partie en faveur ou contre le gouvernement actuel. Rares, aussi, ceux qui se sont laissés trahir par un engagement idéologique en faveur d'un quelconque parti ou mouvement.

Ces déclarations, spontanées, reflètent, à mon avis, fidèlement, une attitude dominante dans la population. La sécurité physique et financière est, à l'heure actuelle, au premier plan des préoccupations du tunisien.  Il redoute les tensions sociales et politiques à cause de leurs graves et potentielles répercussions sur La situation sécuritaire et économique, qui constitue son principal souci. Bien loin devant les considérations idéologiques ou religieuses. Les grèves, les sit-in, les manifestations, la contrebande, les menaces terroristes aux frontières du pays, constituent une source d'un stress, quotidien. Certains médias, à l'affût des nouvelles alarmistes, auxquelles ils en rajoutent, parfois, sont, pour cette raison, particulièrement détestés. Les hommes politiques, de l'opposition, dont le comportement ou l'action comportent le moindre risque de provoquer une agitation sociale ou politique et déstabiliser le pays, sont haïs, traités d'opportunistes et d'irresponsables aventuriers.

La classe moyenne constitue la grande partie de la majorité silencieuse. Son poids politique est déterminant. Sa prudence, sa méfiance, sa maturité, expliquent, en grande partie, les échecs répétés de l'opposition qui n'a pas réussi, jusqu'à présent, à mobiliser la rue en sa faveur, et à destituer le gouvernement de la Troïka, la coalition des trois partis au pouvoir, dominée par les islamistes. La plupart des indicateurs étant à l'oranger, pas encore au rouge, une frange importante de la population préfère ne rien entreprendre qui risque d'aggraver une situation particulièrement précaire. Bien plus, les récents et relatifs succès rapportés sur le plan sécuritaire et social, l'incite à ne pas changer une équipe qui commence à gagner.

L'opposition divisée, hétéroclite, dont le principal et unique souci semble le pouvoir, n'a pas su gagner la confiance de la majorité des tunisiens. Elle vient, d'ailleurs, de subir de cuisantes défaites avec les lamentables échecs qu'ont connu le mouvement Tamarrod, inspiré par son homologue égyptien, le sit-in Errahil et les démonstrations dans différentes régions du pays, vite interrompues, puisqu'elles n'ont drainé qu'un nombre très limité de manifestants.

Le dialogue national s'il réussit, devrait profiter à la Troïka et aux islamistes, qui s'en sortiront gagnants sur plusieurs plans. En abandonnant le pouvoir, ils se mettront à l'abri d'une campagne négative des médias, particulièrement virulente et qui peut se révéler très délétère, en pleine période électorale. Ils se protégeront, également, de quelques coups fourrés de certaines mouvances obscures, salafistes ou pseudo-salafistes. Ils pourront, en même temps, se targuer d'avoir rempli leur contrat en dotant le pays d'une Constitution, d'une Instance Supérieure Indépendante pour les Elections et d'une échéance électorale. Enfin, ils seront en mesure de se prévaloir d'une certaine expérience dans la gestion de la situation actuelle, très délicate, et d'une plus grande maîtrise des principaux dossiers, économiques et sécuritaires, qui représentent l'essentiel des préoccupations présentes de la population. Ils constitueront, sans doute, le thème principal de la prochaine campagne électorale. Un dernier sondage, réalisé par une firme américaine, au mois d’août, quelques semaines après la crise politique provoquée par l'assassinat de M. Brahmi, donne à deux partis de la coalition, actuellement au pouvoir, le Congrès Pour la République, de gauche, et Ennahdha, d'inspiration islamique, respectivement 23% et 28% des intentions de vote. Soit une courte majorité de 51% des voix. Ces chiffres atteindront, très probablement, des niveaux bien plus élevés, d'ici quelques semaines, après l'adoption de la nouvelle constitution, la mise en place des institutions électorales et la fixation de la date des nouvelles élections. Le Front du Salut, de l'opposition, aura bien du mal, dans la courte période de quelques mois à venir, qui nous séparent du prochain scrutin, à renverser la vapeur, dissiper les craintes et la méfiance des électeurs et les convaincre de lui confier les rênes du pouvoir. Ses principaux dirigeants, semblent, pour cette raison, de plus en plus tentés de saboter le dialogue national, au risque de perdre le précieux soutien du Quartet des organisations, la Centrale Syndicale, à leur tête, qui le chapeautent.

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