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L'insoutenable légèreté de la nouvelle politique américaine

La scène politique internationale est, depuis quelques temps, ponctuée par de bien curieux et inquiétants évènements. De plus en plus insolites, ils sont symptomatiques d'un lent et progressif déclin que vit, depuis près d'une décennie, le système politique aux Etats Unis et d'une façon plus générale, dans tout le monde occidental. Le mal semble, en effet, toucher d'une façon particulièrement intense l'empire américain, et il risque de le transformer, s'il persiste, en l'Homme Malade de ce début du siècle. Le nombre des sottises et bévues de l'administration de la première puissance mondiale, accumulées depuis quelques années, est impressionnant ! Encore, tout récemment, il y a eu la gestion catastrophique de l'affaire Snowden, et la réaction démesurée, infantile, du gouvernement américain, qui a abouti à l'annulation de la rencontre Obama-Poutine, du début du mois de septembre. La décision d'annuler cette rencontre, d'une cruciale importance pour la paix et la sécurité mondiale, a été prise, à la dernière minute, presque à l'improviste, sur un coup de tête, pour punir la Russie, qui a osé accorder l'asile politique à l'ancien espion américain. La légèreté, l'incohérence et l'hésitation sont devenues, hélas, des traits constants de la politique étrangère américaine. Les dernières prises de position de l'administration Obama face au coup d'Etat militaire en Egypte et le recours à l'armement chimique en Syrie sont, à ce propos, bien édifiants. Après avoir menacé des pires représailles le régime de Damas, en l'accusant, formellement, d'avoir eu recours au gaz sarin, contre des civils, occasionnant la mort, dans des conditions atroces, de centaines d'innocents, le secrétaire d'Etat américain pour les affaires étrangères, Mr. Kerry vient dans une très étonnante déclaration de couvrir d'éloges le gouvernement du président Assad, pour son excellente et prompte collaboration avec les experts des Nations Unis, chargés de détruire son arsenal chimique. Il ne s'agit pas de la première bourde de ce diplomate qui, à la suite d'un déplacement en Egypte, quelques jours après le putsch, a affirmé, sans rire, que l'intervention de l'armée, qu'il a ostensiblement refusé de qualifier de coup d'Etat, était nécessaire pour sauver la démocratie! Enfin, alors que le pays vit un ridicule bras de fer, entre le Congrès et le Sénat, qui dure depuis déjà une semaine, au grand dam de centaines de milliers de fonctionnaires restés chez eux, faute d'un vote sur le budget de fonctionnement de la nouvelle année 2014, l'administration américaine n'a pas trouvé mieux, sans doute pour rehausser son image, que d'aller arrêter, dans un pur style Reaganien, deux anciens terroristes, repentis, qui ont abandonné la clandestinité et  n'aspirent plus qu'à une vie paisible dans leur pays. L'arrestation de l'un d'eux, à Tripoli, a mis dans un profond embarras le régime libyen, non consulté, qui a, déjà, bien du mal à asseoir son autorité sur le pays.

Les Etats-Unis donnent des signes de moins en moins rassurants sur leur rôle de première puissance mondiale. La politique étrangère, jusque-là, relativement, épargnée, vient de tomber, à son tour, entre les mains de différents lobbies et groupes de pression, dont le rôle s'est considérablement accentué, et qui tentent, chacun, d'intervenir pour l'orienter selon ses propres intérêts. C'est là une explication possible à l'ambivalence actuelle des positions américaines face à la Russie, l'Iran, les pays des printemps arabes et son caractère très déroutant. Une telle situation peut avoir de redoutables et dramatiques conséquences sur la paix dans le monde et l'issue des combats, justes, que mènent de nombreux peuples, contre la dictature, pour la démocratie et la défense de leurs droits et leurs libertés. Elle constitue une occasion rêvée pour de nombreux dictateurs qui, de plus en plus arrogants, continuent à défier la communauté internationale en toute impunité. Pire, ils n'hésitent plus à intervenir hors de leurs frontières, forts de leur puissance financière et leurs groupes de pression dans le pays de l'oncle Sam,  pour prêter main forte à d'autres régimes totalitaires ou changer, de force, le système politique chez des pays voisins, au fi de la volonté clairement exprimée de leurs peuples. Il s'agit là d'un réel danger pour notre jeune démocratie qui doit prendre en considération cette nouvelle donne et agir en conséquence.    

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