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L'opposition dans l'impasse

L'opposition mène depuis déjà plus d'un mois une guerre médiatique et psychologique dans le pays, dans l'espoir de provoquer une réaction de panique, un sauve-qui-peut général, qui, comme en Egypte, poussera la population à sortir dans la rue, occuper les places publiques et réclamer la tête des coupables,

les islamistes et leurs alliés au pouvoir. Le pays est en faillite ! La transition démocratique a lamentablement échoué ! Les Américains, les Français, les puissants de ce monde, ne veulent plus de votre révolution ! C'est fini ! Cessez de rêver ! Nous autres de l'opposition, nous  sommes les plus intelligents, les plus compétents, les plus forts ! L'étranger nous fait confiance, nous envoie ses émissaires, nous soutient ! Vos élus sont de bons à rien, nous allons les chasser du pouvoir et les jeter en prison. Ceux qui les soutiendront seront poursuivis, privés de leur travail, condamnés à la pauvreté et à la misère ! Ils ne trouveront pas de quoi nourrir leurs enfants et les envoyer à l'école pour décrocher un diplôme ! A chaque jour son lot de menaces, d'ultimatums, de mises en gardes, de "conseils d'amis", d'appels au bon sens, pour les plus entêtés, du gouvernement et des dirigeants de la Troïka, ceux qui ne l'ont pas encore compris, qu'il est inutile de résister, qu'il vaut mieux qu'ils dégagent, par la petite porte, pendant qu'il en est encore temps  ...

Ce discours qui rappelle celui des charlatans et des illuminés, qui, dans leur délire, haranguent dans la rue la foule des passants, en les appelant au repentir car demain est le jour du dernier jugement, n'a pas eu, bien évidemment, l'effet escompté, malgré le nombre des médias qui se sont mobilisés pour le diffuser à tous les coins du pays. Personne ne semble, en effet, prendre au sérieux l'opposition et son scénario d'apocalypse. Le mouvement Tamarrod qui prétend avoir recueilli près d'un million et demi de signatures, est pratiquement absent sur le terrain et ses militants sont de parfaits inconnus pour la majeure partie des tunisiens. Les organisations qui parrainent le dialogue national, tout en étant, à la fois, juges et parties, se sont accordées un rôle visiblement au dessus de leurs moyens, peu compatible avec un capital crédit, auprès de la population, quasi nul. Les frictions entre les partisans du Front Populaire, une coalition populiste, de gauche, et ceux de Nidaa Tounès, un regroupement de forces de droite, proches des milieux affairistes du pays, sont quotidiennes. Le Front du salut, formé à la va-vite, sur le modèle égyptien, regroupe, en plus de ces deux factions, aux antipodes l'une de l'autre, un ramassis hétéroclite de petites formations éclatées qui n'ont en commun que la phobie des islamistes et une grande détermination à prendre le pouvoir par n'importe quel moyen. Les députés qui se sont retirés de la Constituante se sont attirés la désapprobation et la colère de l'opinion publique et ont perdu, définitivement, la confiance et l'estime de ceux qui les ont élus.

L'opposition n'a pas trouvé auprès des pays européens et des américains l'appui qu'elle espérait. Critiqués pour leur inaction, voire leur complicité face à la tournure dramatique des évènements d'Egypte, ces derniers ne pouvaient prendre le risque de soutenir une opposition peu crédible, divisée, et qui a échoué à donner à son action un semblant de légitimité populaire en organisant, d'une façon soutenue, des sit-in et des  manifestations de grande envergure, de nature à donner le change et faire passer, comme en Egypte, un putsch pour un ras-le-bol général. Aujourd'hui elle est en bien mauvaise posture. Elle cherche, désespérément une sortie à la crise sans trop perdre la face. Son salut, paradoxalement, est tributaire du degré de magnanimité de la Troïka, seule à pouvoir la repêcher et lui éviter une humiliante capitulation.  

 

 

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