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Une alliance contre nature

Le spectaculaire rapprochement entre le Front Populaire et Nidaa Tounès, a suivi de peu la visite remarquée du nouveau leader du mouvement, à Paris, qui a lancé, à l'occasion, des appels au Président Hollande, l'implorant d'annuler sa visite  

à notre pays,prévue pour le mois prochain, "afin de ne pas cautionner le pouvoir islamiste". Un déplacement, plus discret, de Béji Caid Essebsi (BCE), Président de Nidaa Tounès, à la capitale française, a précédé, de peu, celui du chef du front populaire. Cette troublante chronologie a fait entrevoir, pour de nombreux citoyens, et non sans raison, la main de l'Hexagone derrière cette nouvelle manœuvre, destinée, à première vue, à serrer l'étau sur les partis de la Troïka, au gouvernement, en particulier les islamistes, et accentuer leur isolement. 

Même si elle était attendue, l'annonce de la création d'un organisme de coordination entre les deux pôles de l'opposition, a un peu surpris par son caractère précipité. Elle semble, en effet, avoir été décidée en catastrophe, probablement suite à la brusque détérioration de la cote de Nidaa Tounes et de son président, BCE, ancien premier ministre, éclaboussé par les révélations de Nawat à propos d'une ténébreuse affaire d'escroquerie, sous son mandat, aux dépens de l'Etat et au profit de son frère, également avocat. Cette affaire a, brutalement, rappelé à la population les agissements des prédateurs de l'ancien régime et a mis à nu la véritable nature des responsables de Nidaa Tounes et leur étroite filiation avec les milieux affairistes qui ont causé la ruine du pays. Les révélations ont suscité une vive réaction de mauvaise humeur de BCE qui a accusé Ennahdha d'hypocrisie, brandissant furieusement la manchette du journal du parti, relatant le scandale. Dans la foulée, il a qualifié le dialogue national de "cinéma", menaçant, implicitement, de remettre en cause les dernières avancées enregistrées sur la voie d'un consensus national, concernant la nouvelle constitution, la loi électorale et la répartition des pouvoirs entre les deux pôles de l'exécutif. BCE, ainsi que de nombreux dirigeants de son mouvement, sont, également, visés par la loi sur l'immunisation de la révolution, qui a toutes les chances d'être votée après l'annonce de son prochain passage, dans quelques jours, devant l'assemblée générale de la Constituante. 

Les déboires récents de Nidaa Tounes, l'ont finalement rapproché du Front Populaire qui défend une ligne dure, intransigeante, jusqu'au-boutiste, face au pouvoir islamiste. Brahmi, l'un des chefs de ce mouvement a, clairement, exprimé la détermination de son mouvement à prendre le pouvoir, par tous les moyens, y compris la lutte armée. Le sabotage du Congrès National contre la Violence et le Terrorisme, s'est inscrit dans cette optique d'une confrontation, désormais ouverte, avec le pouvoir. 

Le front populaire formé d'un groupement hétéroclite de formations et groupuscules, de gauche, populistes, risque de perdre son unité dans la délicate manœuvre de rapprochement qu'il a esquissé avec Nidaa Tounes, un parti de droite, proche de l'ancien régime et ses symboles. Il lui sera bien difficile de continuer à leurrer les classes défavorisées et les "Zawali" (les pauvres), par sa rhétorique révolutionnaire. L'UGTT, son principal soutien, est elle-même l'objet de vives critiques, suscitées par le comportement de certaines de ses fédérations, à l'instar, dernièrement, de celle de de la poste, qui frise la désobéissance civile et aux conséquences désastreuses sur l'activité économique du pays et la vie quotidienne des citoyens.

La bipolarisation religieux/non religieux a fait faillite. Les slogans creux, les discours fleuves ne font plus recette et les appels au soutien de la Syrie sœur de Bachar Assad suscite très peu d'écho dans la population. La carte du péril terroriste a eu un effet inverse et suscité la colère de la population, qui s'est montrée très solidaire avec les forces armées. Certains partis de l'opposition, comme le parti Républicain et l'alliance démocratique commencent à prendre leur distance du nouveau front de refus formé par Nidaa Tounès et le front populaire. Ce dernier semble menacé par de nouvelles révélations sur des dossiers brûlants, relatifs notamment à l'assassinat de Chokri Belaïd et celui de Lotfi Naqdh, ainsi que des scandales de malversations diverses et détournements de fonds. Des bombes à retardement, aux mains des islamistes qui semblent les réserver, pour un maximum d'effet, au moment propice qui précède les élections. 

L'ancien establishment, francophile, est en mauvaise passe. Hollande qui s'attend toujours à un retournement de la situation en faveur de ses protégés, ne viendra probablement pas.

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