You are here

Les salafistes au collimateur d'Ennahdha

 

Pas de répit pour les Tunisiens ! Après les évènements de Chaambi, et leur lot de jambes amputées et vues perdues, après l'horrible meurtre de l'officier de police à Djebel Jelloud et ses abominables détails, imputé à une mystérieuse bande de religieux criminels, surgirent, rapidement, les évènements de Kairouan et la banlieue de Tunis, à Cité Ettadhamen, qui se sont soldés par la mort tragique d'un jeune homme, dans des conditions peu élucidées, et une vingtaine de blessés, parmi les forces de sécurité et les manifestants.

L'enchaînement de ces horreurs ne doit pas surprendre si on les situe dans le contexte d'un pays en état de guerre, aux prises avec les terroristes d'Al Qaeda et ses affiliés. Profitant des bouleversements politiques et géostratégiques dans notre région, ces derniers tentent, comme ils l'ont déjà fait, à l'occasion d'autres troubles et conflits, au moyen-orient, d'établir un pied à terre sur notre territoire, pour mener leur hideux projets.

Le président d'Ennahdha, parti islamiste modéré, majoritaire, a clairement condamné, commentant les opérations de ratissage de l'armée nationale, à la poursuite des terroristes, ceux qui "prônent le jihad en Tunisie, terre d'Islam", en les invitant à aller "se battre en Palestine contre l'ennemi sioniste". Ansar El Chariaa, une organisation non autorisée, mais jusque-là tolérée, d'intégristes religieux, idéologiquement proches d'Al Qaeda, a été ouvertement accusée par le chef du gouvernement d'entretenir des liens étroits avec les groupuscules terroristes qui se sont refugiés sur le mont Chaambi, près des frontières algériennes. Les ténors du mouvement Ennahdha, d'inspiration islamique, viennent, ainsi, de franchir un pas très important en décidant de rompre, définitivement, tout lien affectif et idéologique avec le radicalisme religieux. Il s'agit, là, à ne pas en douter, d'une victoire éclatante pour l'aile modérée de ce parti.

L'intervention plutôt musclée des forces de l'ordre à Kairouan puis à Cité Ettadhamen n'a pas été, cependant, unanimement appréciée par tous les tunisiens. Certains des habitants de Kairouan, interrogés en direct sur le petit écran, n'ont pas caché le sentiment de sympathie qu'ils éprouvent pour les "jeunes musulmans, inoffensifs", qui ne "font aucun mal" et se contentent de "prêcher la parole de Dieu". D'autres ont ouvertement critiqué l'ampleur du déploiement sécuritaire, jugé excessif, ainsi que le rendement des médias qui ont, selon eux, délibérément, exagéré l'importance des troubles enregistrés dans la cité et leur gravité. Des hommes religieux, très influents, de la ville sainte, ont défendu les militants d'Ansar El Chariaa et sont intervenus pour leur évacuation, sains et saufs, hors de la ville. Des chefs de partis salafistes ont, aussi, en réaction aux évènements, ouvertement critiqué le recours du gouvernement à la manière forte, lui faisant assumer, implicitement, la responsabilité des pertes matérielles et en vie humaine qui en ont résultées. Ansar El Chariaa, de son coté, a accusé le pouvoir d'exagérer, à dessein, le danger terroriste, afin de détourner l'attention de l'opinion nationale de ses multiples échecs et capitulations face aux exigences des organisations financières internationales, et une contrerévolution de plus en plus forte et sûre d'elle. Pour appuyer leur thèse, ils citent les dernières concessions, spectaculaires, consenties par la Troïka, sans aucune contrepartie, à ses adversaires de l'opposition, laïque, lors des dernières rencontres organisées dans le cadre du dialogue national.     

Certaines voix expriment, également, des craintes, justifiées, que le prétexte de la lutte contre le terrorisme ne serve à un renforcement considérable de l'appareil sécuritaire et l'instauration d'un système répressif et liberticide.

L'épreuve de force engagée par Ennahdha contre le courant radical religieux salafiste n'est pas sans risques. Elle peut lui couter une grande partie de ses électeurs traditionnels. Elle peut, aussi, provoquer de grands remous au sein même du parti, voire son implosion. L'aile dure, "religieuse", du mouvement, qui a, jusqu'à maintenant, entériné, sans broncher, les nombreuses concessions politiques de son Président, n'acceptera pas l'éradication d'un courant qui constitue sa réserve stratégique et dont les projets et convictions sont en continuité naturelle avec les siens.  

Ghannouchi vient d'avouer que la solution sécuritaire n'est pas sans risques. Il a, également, reconnu que l'intégrisme religieux a pour cause essentielle les inégalités sociales et la pauvreté, qu'il faut éradiquer, en premier lieu. Or c'est justement à ce niveau que la Troïka a lamentablement failli. La coalition tripartite et sa composante dominante, Ennahdha, seront-t-elles, finalement, dans ces conditions, tentées par la bonne vieille recette de l'ancien régime, en faisant alliance avec l'ancien establishment, et le projet semble, déjà, en bonne voie, pour mater l'intégrisme religieux, devenu  son principal ennemi ?    

Group content visibility: 
Use group defaults