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Al Qaeda entre en jeu

 

Ce qui se passe actuellement à Chaambi préoccupe énormément l'opinion publique nationale, traumatisée par les images, relayées par les médias, des jeunes soldats et agents de la garde nationale, mutilés par des mines antipersonnel, traitreusement plantées sur leur passage par des terroristes aux abois. Même si le nombre de ces derniers ne dépasse pas, selon plusieurs sources concordantes, les quelques dizaines, et bien qu'ils semblent sur la défensive, coupés de leurs bases et que leur arrestation est inéluctable, les appréhensions des

tunisiens restent légitimes et ont pour origine un très fort pressentiment, qui n'est peut-être pas totalement infondé, que ces évènements sont le prélude à une période de troubles et de tensions, particulièrement longue et difficile, très dangereuse pour la sécurité du pays et sa  stabilité politique et économique.

L'inquiétude de la population est amplifiée par les compte-rendus alarmants des médias tunisiens et étrangers, les déclarations, parfois contradictoires, des porte-paroles des autorités sécuritaires, et  le silence troublant des responsables politiques qui ne font, curieusement, aucun effort pour apaiser les craintes de la population et se limitent, dans les meilleurs des cas, à saluer la bravoure et le dévouement de nos forces armées et de la garde nationale et à leur exprimer le soutien et la reconnaissance du peuple tunisien. 

Les graves nouvelles qui viennent de Chaambi, près de nos frontières avec l'Algérie, ont, rapidement, dominé l'actualité nationale et occulté, au grand bonheur des ennemis de notre révolution, les quelques avancées réalisées dernièrement sur la voie d'un assainissement de la vie politique dans le pays; en particulier l'annonce de la composition de la Haica, et les accords  atteints au cours des séances de dialogue national, organisées sous l'égide de la Présidence, autour d'un certain nombre de points litigieux concernant la constitution, la nature du futur régime, et le mode du scrutin dans les prochaines échéances électorales. On ne peut aussi ne pas mentionner la curieuse coïncidence, entre les incidents de Chaambi et  des rumeurs persistantes,  qui font état d'un assaut que des hommes de la Ligue de Protection de la Révolution se préparent à lancer contre le siège de l'UGTT, à la capitale. La Centrale syndicale qui semble prendre très au sérieux l'information, malgré les démentis formels du président de la ligue,  a lancé des appels répétés  à ses adhérents pour venir monter la garde devant le siège de leur organisation.  Difficile de vérifier l'origine de ces bruits qui circulent dans la sphère de la puissante centrale syndicale mais leur diffusion, à ce moment précis, semble destinée à envenimer la situation politique dans le pays et peut-être, même, empêcher la tenue d'un deuxième round  de dialogue national, sous l'égide de l'organisation ouvrière, initialement prévu pour la première semaine de ce mois, et avec la participation, cette fois, de tous les protagonistes.

Certains médias, comme la chaine française France 2, qui n'est pas à son premier forfait, ont, aussi, délibérément exagéré les tristes évènements de Chaambi. Des "experts" et "analystes", n'ont pas hésité, de leur coté, à comparer, sur les colonnes de certains quotidiens de l'Hexagone, la situation actuelle dans le pays à celle qui prévalait en 1990, en Algérie, peu avant la terrible vague de terreur qu'a connu ce pays et qui a provoqué des dizaines de milliers de victimes.

Les auteurs de ces sinistres prophéties oublient le contexte géostratégique actuel, très différent de celui qui régnait chez nos voisins à cette époque. Ils ne font pas mention, non plus, des différences fondamentales qui existent entre les structures politiques des deux pays. Ils évoquent, par contre, les tensions sociopolitiques, la pauvreté, le chômage, qui constituent, il est vrai, des facteurs de risque, bien connus,  à l'éclosion du terrorisme, souvent exploités par Al Qaeda et ses affiliés. Ils citent, aussi, la forte et réelle vague de religiosité qui traverse, actuellement, la société tunisienne, attestée par l'énorme engouement des foules pour les prêches de certains prédicateurs étrangers, qui défendent, pour la plupart, une ligne religieuse stricte. Mais c'est une grave erreur, qui peut être lourde de conséquences, que de prendre cette subite ferveur, qui fait suite à des années de censure et de répression de tout discours religieux non officiel, pour une adhésion aux thèses des terroristes. Un tel amalgame, alimenté par certaines parties, semble destiné à justifier, à postériori, et au nom de la lutte contre le péril islamiste, les crimes et les excès de l'ancien régime. C'est, aussi, un appel déguisé à mettre fin à l'expérience actuelle de transition démocratique, qui ne peut aboutir, selon eux, qu'à l'extrémisme religieux. Certaines figures de l'opposition, appellent, d'ores et déjà, la population à une véritable chasse aux sorcières qui vise les courants religieux dans le pays, toutes tendances confondues, modérés ou non, accusés de soutenir les terroristes. En réalité c'est la dictature, l'absence des libertés, la corruption, les inégalités sociales, qui ont  fait naître le désespoir et générer le terrorisme.   

Notre pays fait face, aujourd'hui, à un grave défi. Le danger terroriste est réel. La solution sécuritaire, à elle seule, ne peut suffire. Les nouvelles forces politiques doivent, aussi, pour l'enrayer, œuvrer pour une société juste, égalitaire, et un Etat de droit, respectueux des libertés individuelles. Ils doivent lutter contre la pauvreté, la corruption, le commerce illicite et combattre les fléaux sociaux qui les accompagnent, la drogue, l'alcool et la prostitution. Le retour aux méthodes répressives et à l'islamophobie de l'ancien régime ne peuvent, au contraire, que renforcer le terrorisme et lui fournir une occasion en or pour s'implanter dans notre pays, pour une très longue période.

 

 

 

 

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