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Le tiercé gagnant de la Troïka

 

A deux reprises, en moins d'une dizaine de jours, d'abord à Doha, à l'occasion du 24e Sommet Arabe, puis, dans une lettre aux membres du bureau politique de son ancien parti, le Congrès pour la République (Cpr), le Président, qui se définit comme un homme de gauche, laïc et démocrate, a défendu l'expérience tunisienne et l'alliance, stratégique, entre le Cpr et le parti d'inspiration islamique, Ennahdha, majoritaire. 

 Les derniers pourparlers, qui ont, finalement, abouti à l'actuel gouvernement ont démontré, selon ses dires, que les deux formations "ne peuvent, à cette étape transitionnelle, se passer l'une de l'autre". Il a, à cette occasion, fustigé le refus opposé par d'autres formations, de l'opposition laïque, de rejoindre la coalition gouvernementale. Le peuple tunisien s'en souviendra, le jour des élections, a-t-il affirmé. A Doha, il a averti les extrémistes séculiers que l'échec de l'alliance tripartite entre religieux et laïcs modérés, qu'il appelle à poursuivre et soutenir, aboutira à l'émergence d'un courant d'extrémistes révolutionnaires, beaucoup moins cléments, qui n'hésiteront pas à recourir à la guillotine, et les exécutions sommaires, contre leurs adversaires.  Le Président réagissait, ainsi, à une déclaration du porte parole du Front Populaire, de l'extrême gauche, qui a prédit  que le nouveau gouvernement, à peine investi, depuis moins d'un mois, sera, à son tour, renversé, comme son précédent,  à coups de grèves et de manifestations. Les propos, assez durs, du Président, qui ont, d'ailleurs, soulevé de vives critiques dans le pays, traduisent une grande frustration, après l'échec des laborieuses  tractations, qu'il avait personnellement menées, durant près de deux mois, pour convaincre d'autres forces politiques, modérées, en particulier, l'Alliance Démocratique et le Parti Républicain, de rejoindre la coalition tripartite au pouvoir.

Le Président donne, aujourd'hui, l'impression d'avoir définitivement choisi son camp. Après les volte- faces et les accrocs des débuts d'une vie commune, assez mouvementée, le ménage à trois, au pouvoir, commence, en effet, à trouver son équilibre. Il y a eu beaucoup de concessions, de part et d'autres, quelques unes assez douloureuses. Le parti majoritaire a consenti à abandonner toute référence à la charia dans la nouvelle constitution, et a, dernièrement, accepté de renoncer aux ministères régaliens. Ses partenaires, pour sauver la Troïka, ont, aussi, laissé beaucoup de plumes; à coups de scissions, dont la plus spectaculaire est celle de Mohamed Abbou, une figure emblématique du Cpr et son ancien Secrétaire Général.

Les calculs électoralistes ont, certainement, été déterminants dans les dernières décisions, aussi bien des parties qui ont préféré rester en dehors de la coalition tripartite, au pouvoir, que celles qui ont payé le prix fort pour y demeurer.  Les premières sont convaincues que la population, déçue par la révolution, votera en masse pour l'ancien establishment, le parti de droite, de Caid Essebsi, un cacique de l'ancien régime. Beaucoup de formations de gauche et du centre ont parié sur ce dernier, dans une alliance contre nature, dirigée essentiellement contre les islamistes. Les secondes parient sur la volonté de changement des Tunisiens, bien décidés à rompre définitivement avec le passé. Les positions sont, de part et d'autre, assez tranchées. Le consensus est de plus en plus ardu, dans ces conditions, et les blocages sont fréquents. Les risques d'une confrontation violente sont, cependant, assez faibles. Les extrémistes des deux cotés restent minoritaires. Ni les intégristes religieux, partisans d'un islam pur et dur, ni les modernistes, laïcs, parfois franchement islamophobes, ne semblent avoir réussi à gagner le soutien de la majorité silencieuse, formée en grande partie par la classe moyenne, qui garde, pour le moment, le juste milieu. Certains misent sur sa frilosité et son extrême versatilité pour lui faire peur, à coups de rumeurs et d'exagérations, relayées par des médias restés, en grande partie, fidèles à l'ancien régime. Difficile d'imaginer, cependant, que les marginalisés des zones défavorisées feront, à nouveau, confiance, à une vieille élite corrompue qui les a déjà trahis. Difficile de croire que les nombreux tunisiens qui ont été injustement emprisonnés, dépossédés de leurs biens, privés de leurs droits et de leurs libertés, accepteront de suivre une caste qui s'était rendue complice, par son silence, des terribles violations des droits de l'Homme, commises sous l'ancien régime. Le Président est persuadé d'avoir fait le bon choix. Beaucoup de chancelleries étrangères semblent partager son avis. Les irréductibles des deux cotés sont de plus en plus isolés, hors d'état de nuire. La Troïka occupe une place de plus en plus prépondérante dans le paysage politique tunisien. En résistant aux différents assauts de ses adversaires et aux violentes crises internes qu'elle a traversées, elle a gagné en force et en expérience. Elle affronte les échéances électorales en rangs serrés, unie et cohérente et ne manquera pas de convaincre, le jour du scrutin, les électeurs tunisiens. Cette échéance est, aujourd'hui, de plus en plus redoutée par une opposition, démasquée, qui a épuisé le peuple par ses mensonges, coups de bluff et sondages préfabriqués. Il s'en souviendra et la traitera en conséquence le jour où il sera invité à choisir entre elle et ses adversaires.

   

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