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Un geste plein d'équivoques

Notre pays est, depuis les dernières élections du 23 octobre, dans le collimateur de la France officielle, qui n'a pas encore digéré, semble-t-il, la disparition, tout aussi tragique que subite, de ses anciens amis, emportés par une révolution qu'elle n'a pas vu venir. On se rappelle, tous, du coup de gueule de M. Valls, le ministre de l'intérieur, dénonçant le "fascisme islamiste" en Tunisie. On ne compte plus le nombre des émissions, articles et enquêtes, diffusés par les médias français, tout aussi tendancieux, à l'exemple du fameux reportage de France 2, sur les salafistes en Tunisie, diffusé en pleine période de réservation pour la saison touristique de cette année.

Récemment, à l'occasion du 20 Mars, fut inaugurée à Paris, la place Bourguiba, au 7e arrondissement, avec un buste, au milieu, en bronze, de l'ancien président tunisien. "Un geste de la France, qui a voulu rendre hommage au peuple tunisien et lui envoyer un message de sympathie et d'amitié ", selon les piteuses formulations de notre ambassadeur et le représentant de notre Présidence, présents, visiblement très embarrassés par le fâcheux choix d'une personnalité aussi controversée, que celle du combattant suprême. C'était comme si, pour faire plaisir aux Espagnols, on a érigé une statue de Franco, au lendemain de sa disparition, ou, pour se rapprocher des Portugais, on a construit un monument Salazar, le jour du deuxième anniversaire de la Révolution des Œillets. Bourguiba était un dictateur. Tout comme Ceausescu, et autres despotes du monde arabe, pas toujours éclairés. Le geste était des plus déplacés, très mal accueilli par la plupart des tunisiens, qui ne se sont pas trompés sur sa signification, franchement hostile à la Révolution. Une énorme bourde qui a eu sur l'opinion publique nationale le plus mauvais effet. Elle a énormément embarrassé les francophiles, qui ont misé sur l'aide de la France pour la réussite du processus de transition démocratique. Mais ce pays ami, très proche, n'a, semble-t-il, rien d'autre à nous proposer qu'un retour au statu quo, au culte de la personnalité, au parti unique et à la dictature, comme si on ne mérite pas mieux. La France doit prendre exemple sur d'autres puissances occidentales, qui ont su se libérer des préjugés historiques, culturels et religieux, que l'occident à longtemps nourri à l'égard de la civilisation arabe et musulmane. Elle doit adopter une attitude plus positive à l'égard de notre pays, faire confiance aux tunisiens, et les aider, franchement, et sans arrières pensées, à réussir la transition démocratique.

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