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La fête de l'Indépendance

 Le 20 Mars, décrété jour de l'Indépendance du pays, il y a près de 57 ans, s'est transformé, après la révolution, en une date de controverses et de disputes concernant toute l'époque que certains historiens attribuent, aujourd'hui, pudiquement, à la Première République.

Comme dans un psychodrame, ce jour de "fête nationale", provoque, à présent, immanquablement, chez de nombreux tunisiens, qui ont subi toutes sortes d'injustices et d'humiliations, sous le régime du parti unique et du culte de la personnalité, une sensation de dégoût et de rejet, en raison de la résurgence de vieux souvenirs, très pénibles, longtemps refoulés. Des remémorations qui les renvoient à de très longues journées, d'interminables discours et chants "patriotiques", à la gloire du combattant suprême, le guide de la nation, son libérateur, qui a pu, grâce à son génie, "tout seul ", mettre en déroute l'armée coloniale, délivrer le pays et transformer une "poussière d'individus", sans aucune conscience nationale, en un peuple uni, fier et libre. Chaque 20 mars et autres journées, dites nationales, le petit peuple était appelé à prendre acte des réalisations accomplies, applaudir et chanter les louanges d'une élite, infaillible, qui décide, à sa place, de  la destinée du pays, et à laquelle il doit jusqu'à son existence. On était encore jeunes, mais pas assez pour ne pas saisir l'amertume, la désillusion et la sourde colère dans les regards et les intonations des voix des adultes, qui profitaient de cette journée pour passer en revue, à voix basse, et à demi mots, les forfaits d'un régime qui a vite sombré dans l'arbitraire et la tyrannie. Des noms revenaient sans cesse dans leurs conversations, d'opposants politiques condamnées à mort et exécutées, lors de simulacres de procès, de grands savants, hommes de lettres, historiens, artistes,  exilés, torturés, emprisonnées ou dépossédés de leurs biens, parce qu'ils ont osé tenir tête au dictateur, le critiquer ou contester sa version falsifiée de l'histoire. A chacune de ces "fêtes officielles",  les plus fiers des citoyens, se sentaient rabaissés, humiliés, obligés de faire profil bas, de se taire et d'accepter d'être traités en êtres insignifiants, sans aucun droit à la parole ou à la participation à la vie politique. A chacune de ces occasions, ils étaient obligés de supporter le faste insolent d'une classe de dirigeants et hommes politiques, de plus en plus cupides, de plus en plus corrompus, de plus en plus mesquins, de plus en plus petits, dont le seul souci était de se maintenir au pouvoir, à n'importe quel prix. C'était la première partie du sinistre feuilleton. A la deuxième, un homme inculte, pervers, a usurpé le pouvoir. Il a continué sur la même lancée mais en fignolant les méthodes de ses prédécesseurs. Il s'est mis, avec sa famille, à piller le pays, d'une façon systématique, jusqu'au dernier centime.

Les fêtes nationales, dans notre pays, ne glorifiaient pas un peuple, une nation, mais une seule personne, un parti, une caste. Elles ont rarement été spontanées, populaires. Il faut le rappeler pour expliquer l'attitude jugée tiède des tunisiens, ce jour du 20 Mars. Elles restent entachées de sang, de larmes et de terribles abus qui  les ont transformées en de funestes journées, dans une période d'un long crime, qui a duré  56 ans, toute une vie, et n'a pris fin qu'un certain 14 janvier, le jour de la fuite du dernier des tyrans.

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