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Un retour au calme de bon augure

 

Difficile de prédire les conséquences à long terme de l'assassinat de Chokri Belaïd. Dans l'immédiat, il ne semble pas, cependant, avoir eu un impact notable sur les rapports de forces entre les différents protagonistes politiques dans le pays. Après l'épouvante des premiers jours qui ont suivi le drame, la population semble, aujourd'hui, plus rassurée.

L'apaisement et le retour rapide au calme, ont aidé à dissiper les craintes, exprimées le lendemain du meurtre, par de nombreux tunisiens et observateurs étrangers, qui redoutaient que l'attentat ne soit le prélude à un cycle infernal de violences et éliminations politiques. L'hypothèse d'un acte isolé, perpétré par un groupuscule extrémiste, avancée par les services de sécurité nationale, semble de plus en plus plausible, pour l'opinion publique, en l'absence d'autres pistes sérieuses.

Malgré l'ampleur des réactions initiales, de colère et d'indignation, qu'il a provoquées, l'horrible forfait ne semble pas, cependant, avoir entraîné un changement radical dans les choix et tendances politiques de la majorité des tunisiens. Contrairement aux souhaits de certains adversaires du pouvoir, il ne devrait pas, selon toute vraisemblance, marquer un tournant politique décisif, en faveur de l'opposition. La population paraît même, aujourd'hui,    après, juste, quelques semaines du vil attentat, désapprouver les tentatives de faire porter la responsabilité du meurtre aux dirigeants du parti d'inspiration islamique. La faible affluence aux festivités du 40e jour du décès de Belaïd, organisées pendant le weekend dernier, traduit un sentiment de désapprobation générale de l'opinion publique, agacée par le comportement très agressif  de l'entourage du défunt, des membres de sa coalition politique, le Front Populaire et  de certaines figures de l'opposition, syndicalistes  et de la société civile. Sous prétexte de vouloir dénoncer la violence et identifier les meurtriers, ils ont eu recours à un discours populiste, incendiaire, de nature à alimenter la haine et la rancune, à semer la zizanie et à augmenter les divisions au sein de la population.  Un contexte très propice à l'éclosion d'autres actes de violence encore plus dangereux et plus graves dont ils seront les premiers à en faire les frais. Des accusation directes contre le Président du parti Ennahdha, et ses lieutenants, d'avoir commandité le crime ou trempé dans son exécution, sont relayées avec une grande irresponsabilité et une extrême violence, sur les petits écrans et dans les tribunes, sur les places publiques, accompagnées par des appels, d'une extrême gravité, ouvertement putschistes, au soulèvement populaire et à l'insurrection. Ces incitations, heureusement, ne suscitent qu'un très faible écho chez les tunisiens, qui ont appris à se méfier des slogans creux et de la duplicité des aventuriers, proches de l'ancien régime, qui jouent tantôt la carte du socialisme, tantôt celle du nationalisme arabe, dans le seul but de discréditer les partis de la coalition au pouvoir et sa principale composante, d'inspiration religieuse. Le Front populaire qui regroupe le gros de la troupe, ne semble pas avoir beaucoup profité de la mort de son leader. Sa principale revendication, la tenue d'un Congrès National de Salut, n'a pas trouvé, jusqu'à maintenant, beaucoup de preneurs. On peut tout juste noter l'entrée en scène, peu convaincante, de la veuve du défunt, que certains médias français et tunisiens, satellites, tentent, sans succès, de lui façonner un statut d'une grande militante et femme charismatique, digne des plus hautes responsabilités à la tête de l'Etat. Des rumeurs circulent, également, sur un ralliement, possible, sans grandes conséquences, au Front Populaire, de deux petites formations, Al Châab et le Pôle démocratique. Entretemps l'enquête suit son cours dans un crime que tous les tunisiens, qui ont repris confiance après la formation du nouveau gouvernement et la large majorité qu'il a obtenue à la Constituante, prient pour qu'il ne soit qu'un fâcheux accident de parcours dans l'itinéraire de la Révolution et sa délicate phase, actuelle, de transition démocratique, qu'ils désirent faire aboutir, de tous leurs forces.   

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