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La contrerévolution à la conquête de l'électorat féminin

 

Certains de nos médias et stratèges de l'ancien establishment ont décidé de séduire, par tous les moyens, l'électorat féminin, croyant, à tort, qu'il est bien plus facile à duper. Ces deux dernières journées, et à l'occasion de la fête internationale de la femme, ils ont mis les bouchées doubles pour arriver à leurs fins. Pour conquérir la femme tunisienne et gagner son cœur, ils ont eu recours, fidèles à leurs vieilles habitudes, à la flatterie, au mensonge, à la langue de bois et au discours anachronique et hypocrite, qu'ils ont appris à maitriser, à la perfection. 
Cette campagne médiatique, bien étonnante, ciblait un audimat féminin, idéologiquement neutre, apolitique, facilement malléable. Les tunisiennes engagées, socialistes, de gauche, islamistes ou nationalistes arabes, ont été, soigneusement, privées l'antenne. La visite de l'égyptienne, Nawel Saadawi, une figure de proue de la littérature féminine arabe et internationale, et une grande militante féministe, est occultée. Deux ou trois noms, seulement, de femmes proches de l'ancienne élite, sans doute jugées "politiquement correctes", ont pu bénéficier des faveurs de notre chaîne nationale. Leurs portraits ont été affichés sur le petit écran à plusieurs reprises, pour bien les faire connaître. 
Certains plans fixes ont comporté quelques images d'Epinal, d'archives, d'avant la révolution, de vieilles femmes, à la campagne, avec un lourd fardeau de bois sec sur le dos, pauvres, misérables, fatiguées mais souriantes et heureuses ... sans doute grâce aux sollicitudes de l'ancien régime et l'homme du 7 novembre ... Mais la plupart des séquences montraient des femmes d'âge moyen ou plus jeunes, chics et élégantes, en colère, désabusées, très inquiètes quant à l'avenir du pays et la préservation de leurs droits. Elle faisaient porter la responsabilité de toute détérioration de leurs conditions aux islamistes, vigoureusement vilipendés. La plupart d'entres-elles portaient le drapeau national, en foulard, autour du cou, ou en écharpe sur les épaules. Elles affichaient, ainsi, un nationalisme, clean, des plus corrects, avec une béatitude un peu théâtrale, quelque peu douteuse. Les scènes ont laissé une forte impression de déjà-vu. Elles portaient, à l'évidence, la griffe de l'ancien régime et ses acolytes.
Ceux qui essayent, après la révolution, de revendre aux tunisiennes, en tablant sur leur candeur, la vieille marchandise avariée de l'ancien parti unique et ses escrocs, se trompent de preneuses. Celles qu'ils essayent, aujourd'hui, de leurrer, sont beaucoup moins ingénues qu'ils le croient.
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