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La grave déviation du mouvement féministe tunisien

 

A l'occasion de la Journée Internationale de la Femme, on a eu droit, à notre corps défendant, aux séquences, devenues familières, mais toujours rebutantes, de femmes, toujours les mêmes, s'exhibant devant les caméras des télévisions, pour dénoncer, dans des attitudes tragi-comiques, les menaces, très exagérées, qui pèsent, selon elles, sur les acquis de la femme et sa liberté, après les derniers changements politiques, survenus dans le pays, depuis la révolution.

L'instrumentalisation de la noble cause de la femme, à des fins politiciennes est évidente et des plus scandaleuses. Ces femmes qui prennent de faux airs de féministes exaltées, et qui  se sont arrogées le droit, avec beaucoup d'arrogance, et grâce à la complicité des medias, de parler au nom de la femme tunisienne, nuisent, beaucoup, à la cause des femmes dans notre pays, qu'elles sont loin de représenter. Et c'est bien là que le bât blesse. Ces pseudo féministes ne défendent pas, dans les faits, l'égalité des droits sociaux et économiques entre les deux sexes, ne luttent pas contre les concepts et partis pris machistes, misogynes, encore vivaces dans certains milieux, et pas forcément les plus religieux, mais essayent d'imposer leurs propres préjugés de classe, et culturels, à toute la gente féminine tunisienne. Elles sont, de surcroit, manipulées par des courants islamophobes en occident, dont on retrouve l'empreinte à chaque fois qu'un pays musulman est en proie à de graves difficultés sociales, économiques ou politiques. Les députées à la Constituante, appartenant au parti d'inspiration islamique, sont, aujourd'hui, leurs cibles préférées, et font l'objet de leurs attaques et dérisions quotidiennes, de plus en plus violentes et révoltantes. Ces élues qui sont, elles, par contre, bien représentatives d'une large gamme de la société féminine du pays, sont l'objet des critiques les plus injustes et les plus véhémentes, sur les réseaux sociaux et dans les médias. On leur dénie le droit de s'exprimer, de participer à la vie politique. On les juge mal éduquées, peu instruites, bornées, inférieures. On cherche à les isoler, les réduire au silence, les rabaisser, afin de les empêcher de refléter une certaine image, pourtant très honorable et bien réelle, de la femme tunisienne; une image qu'on chercher, cependant, à occulter, par tous les moyens, parce qu'elle constitue la preuve irréfutable, que la voie de l'émancipation féminine n'est pas univoque et que la cause de la femme et la défense de ses droits n'est pas, forcément, du domaine exclusif d'une certaine civilisation, d'une seule religion, d'un courant philosophique ou politique, bien déterminé. Une image qui dérange, parce qu'elle ne correspond pas aux canons culturels et même esthétiques, qu'une certaine minorité, hélas tunisienne, élitiste et snob jusqu'au bout des ongles, a décidé, pour des raisons purement politiciennes,  d'imposer à toute la population. Le mouvement féministe tunisien est en crise. Il a gravement dévié des objectifs qu'il s'était fixé au lendemain de l'indépendance, en reniant sa vocation, essentiellement sociale, au profit d'un engagement idéologique, aujourd'hui d'arrière garde, et qui est loin de servir l'intérêt de la femme, en général et dans notre pays, en particulier.

 

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