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L'epreuve de force

L'entrée en ligne des ligues pour la protection de la révolution, en ce moment, n'est pas fortuite. Il existe, en effet, de sérieuses craintes que le processus révolutionnaire ne soit avorté et que des forces proches de l'ancien régime ne reprennent les rênes du pouvoir, de nouveau, dans le pays, aidées par certains milieux affairistes, des chancelleries étrangères et des courants politiques divers hostiles aux islamistes. C'est cette appréhension bien légitime quiest, aujourd'hui, à l'origine de la tension qui caractérise, de plus en plus, les rapports entre le gouvernement et l'opposition. 

 



La méfiance est extrême des deux cotés. L'UGTT vient de se lancer, de tout son poids, dans la bataille, en faveur de quelques partis de gauche, minoritaires et dont les menées dans les régions déshéritées, très contestées, commencent à poser de sérieux problèmes au gouvernement et à ses efforts de développement économique. La Centrale Syndicale avait, auparavant, essayé par le biais d'une initiative du Consensus National, de réintroduire sur la scène politique et blanchir, en quelque sorte, un nouveau parti qui regroupe un grand nombre de figures politiques et hommes influents de l'ancien régime. Ce parti incarne, pour de nombreux tunisiens, qui ne sont pas prêts à renoncer à leur liberté, fraîchement et âprement acquise, la dictature et tous ses méfaits. Le projet de loi sur l'Immunisation de la Révolution, a été, justement, proposé par un groupe de partis proches du pouvoir actuel et des ligues pour la protection de la révolution, pour lui barrer la route. 

On ne peut nier, en effet, qu'une majorité silencieuse des tunisiens qui suit avec anxiété et indignation le jeu des différents protagonistes politiques est de plus en plus mécontente de l'extrême ralentissement du processus de transition démocratique et du rythme des actions pour la réalisation des objectifs de la révolution. Le gouvernement tarde à assainir la justice, l'administration, à poursuivre et demander des comptes aux responsables coupables, sous l'ancien régime, de crimes contre la nation et l'humanité, et à mettre en place les institutions nécessaires pour consolider les acquis de la révolution et les rendre irréversibles.

Il n'existe, cependant, aucune autre alternative au dialogue entre les différents intervenants sur la scène politique actuelle. Ce dialogue doit, cependant, avoir pour base de départ, un consensus sur des points essentiels qui sont : 

- Interdire et condamner tout recours à la violence, y compris, les assauts ou attaques contre des édifices publics, sièges des partis politiques, organisation nationales, et les agressions contre des représentants officiels du gouvernement ou des agents des forces de l'ordre

- Interdire et condamner le recours à la force pour renvoyer ou chasser, un responsable politique ou de l'administration ou toute autre action qui défie la loi et l'autorité de l'état, ou incite à les bafouer 

- Interdire et condamner toutes les actions et tentatives qui font l'éloge ou tendent à réhabiliter l'ancien dictateur, ses proches et collaborateurs et l'ancien parti unique ou remettre en doute la nature abjecte de l'ancien régime et ses différents crimes

- Interdire et condamner tout appel à renverser le gouvernement par des moyens autres que ceux prévus par les textes de la loi

- Interdire et condamner tout recours à la grève pour des motifs autres que syndicalistes, en rapport avec les droits des salariés tels qu'il sont stipulés par les lois en vigueur concernant le monde du travail

- Accepter les règles du jeu démocratique et redonner à la Constituante son plein rôle législatif et toutes ses prérogatives pour la promulgation de nouvelles lois, y compris celle sur l'Immunisation de la Révolution si elle obtient la majorité des voix. 

L'accord au préalable sur de tels principes permettra au gouvernement de répondre, sans arrières pensées, à l'initiative de l'UGTT pour L'élaboration d'un Consensus National. Les partis de la Troïka peuvent, dans de telles conditions, accepter la proposition du Président Marzouki, et opter pour une formation ministérielle restreinte, formée de compétences reconnues ou neutres qui, s'il le faut, auront la responsabilité des ministères de souveraineté. Les ligues pour la protection de la révolution définitivement rassurées par l'engagement des différents acteurs politiques, auront à choisir entre l'autodissolution ou la métamorphose en un parti politique. 

En l'absence de garanties sérieuses sur la réalisation des objectifs de la révolution et le non retour des symboles de la dictature, les positions resteront figées, les périls monteront rapidement et le choc deviendra inévitable entre ceux qui ne sont pas prêts à renoncer à la révolution et ceux qui cherchent à la faire avorter.