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Lettre à ma cousine

Je sais que pendant ton bref séjour, en Tunisie, tu as rencontré notre lointain cousin. Sans doute il t’a parlée de la Révolution, de ses exploits et ses nouveaux engagements. N’en crois rien !

Aurais-tu oublié ? Déjà, enfants, il nous terrorisait par ses vociférations, ses colères et sa violence. Te rappelles-tu nos excursions à la montagne ? Pendant que nous poursuivions les papillons, cueillions les fleurs et escaladions les rochers, il épiait les pauvres paysans en route vers le marché, leur jetait des pierres et se délectait de leur réaction, surprise et effrayée. Il contemplait la ville, du haut de la falaise, avec son regard de prédateur affamé; une ruche de créatures minuscules et vulnérables, sans défense. Comme il aimait troubler sa sérénité, perturber son activité, l’écraser de la paume de sa main.

Aurais-tu oublié tout le mal qu’il nous a causé. Aurais-tu oublié ses rapports à la police secrète alors qu’on était jeunes étudiants et qu’il était notre délégué et représentant ? 

Non, ne crois pas à ses mensonges. Il n’a jamais été emprisonné ni inquiété par la sureté de l’état. Son épopée de fuite rocambolesque sur les toits des maisons, son arrestation, son emprisonnement, c’est du vent !

Il a été tour à tour, de gauche puis islamiste puis écologiste avant de rejoindre les rangs des cannibales de l’ancien régime. Nommé à la tête d’une entreprise publique à coup de délations et trahisons, il a excellé dans le mensonge et la désinformation, fonçant corps et âme au service de ses nouveaux maîtres, de vils voleurs et brigands.

Aujourd’hui, il se prépare à se présenter aux prochaines élections. Il utilisera tes dons pour sa vile cause et il ne fera que du mal à notre nation. Chère cousine, chez nous, l’homme du gouvernement est un homme du gouvernement, le chef d’un parti est un chef de parti, le syndicaliste est un syndicaliste, l’universitaire est un universitaire mais le tunisien n’est rien. Tout le monde se réclame de la société civile mais point de citoyens.

Chère cousine, toi qui habite un grand pays de démocratie, dis-moi, comment se défendre contre les politiques, les partis, les corporations, les lobbies, les groupes de pression ; en l’absence d’une véritable presse et de véritables associations ?