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Sondge de l'IRI : un fidèle instantané de la situation dans le pays

Notre pays est à la veille d'un round, décisif, entre la Troïka et le clan de Nida Tounes, le parti fondé par l'ancien premier ministre. Cette nouvelle formation politique rassemble, essentiellement, l'ancienne intelligentsia, qui, depuis l'indépendance, et grâce à la complicité de la dictature, occupait pratiquement tous les postes clés du pays. A deux reprises, le président du parti du mouvement islamique, Ennahdha, a écarté toute possibilité d'entente avec Nida Tounes. Le chef du gouvernement, a, de son coté, vivement critiqué, sur un ton dépité, mais sans le nommer, le président de ce parti, qui a fait preuve, selon lui, d'irresponsabilité et de mauvaise foi, en affirmant la fin de la légitimité du gouvernement, après le 23 octobre courant.

En réalité le chef du gouvernement a bien d'autres raisons d'être déçu. Les résultats du dernier sondage, réalisé par l'IRI (International Republican Institute, du 26 juillet au 8 aout, en Tunisie et publié le 3 octobre 2012), montrent un grand désenchantement de la population : le taux des pessimistes qui craignent que leur pays ne soit sur la mauvaise pente, a atteint 67%, au mois d'aout de cette année. Ce taux était de 30%, au mois de janvier, lorsque le gouvernement actuel a pris les rênes du pouvoir. Ce mécontentement est, essentiellement, en rapport avec la persistance du chômage, à des taux très élevés; 67% des personnes interrogées estiment que les problèmes de l'emploi se sont, même, quelque peu aggravés (32%) ou beaucoup aggravés (35%). Un échec de taille pour la Troïka, puisqu'il s'agit du problème le plus préoccupant pour l'ensemble des tunisiens, qui le situent, d'après le sondage, à la première place des priorités de l'étape actuelle. La confiance en la capacité du gouvernement à affronter, efficacement, les problèmes du pays, a nettement diminué; de 35% très confiants et 48%, plutôt confiants (un total de 83%), en janvier 2012, à 16% et 37%, respectivement, (un total de 53%), en aout 2012. Les islamistes enregistrent une nette régression en intentions de votes : alors que 35% affirment avoir voté pour Ennahdha le 23 octobre 2011, 27%, seulement, voteront pour ce parti aux prochaines élections. Les deux autres formations de la Troïka sont peu ou pas concernées (Ettakatol gagne même un point : 5% en 2011 vs 6% et le Congrès pour la République chute de trois points (9% en 2011 vs 6%, également). Les raisons idéologiques ne semblent pas avoir été déterminantes dans la baisse, relative, de la popularité des islamistes. Le taux des personnes interrogées qui se disent hostiles à un gouvernement laïc a, même, légèrement augmenté de 41%, en janvier 2012, à 43% au mois d'aout 2012. Le taux des favorables à un tel gouvernement a augmenté de 42% à 50%, pour les mêmes périodes. Les séculiers semblent avoir gagné sur la masse des tunisiens sans étiquette politique. Ceux qui auraient préféré voir plus de formations islamistes à la Constituante restent assez importants en aout 2012 : (63%), dont 9% ont une préférence pour les courants les plus radicaux.
Les intentions de vote pour Nida Tounes, situées à 23% dans d'autres sondages, plus récents, ne sont, selon l'enquête de l'IRI, que de 6%, seulement. Son Président semble fortement contesté puisqu'il est désapprouvé par 43% des personnes interrogées. Le premier ministre Hamadi Jebali avec Laareydeh continuent à jouir d'une large popularité : 58% pour et 36% contre (différence de 22%) pour le premier et 46% et 20%, respectivement, (différence de 27%), pour le second. Mustapha Ben Jaafar, le Président de la Constituante est presque aussi populaire avec 53% de favorables et 26% d'avis hostiles (différence de 26%). A noter le mauvais score de Rached Ghanouchi, le président d'Ennahdha, qui semble aussi controversé que son homologue de Nida Tounes (48% pour et 41% contre). Le général Rachid Ammar reste, sans conteste, l'homme le plus populaire du pays avec une cote nette, en aout 2012, de 37%.
Si les estimations actuelles restent peu changées d'ici le 20 mars 2013, date, probable, des prochaines élections, et si la Troïka reste unie, elle récoltera près de 39% des voix du prochain scrutin (27% Ennahdha, 6% pour Ettakatol et 6% pour le Congrès pour la République). L'opposition actuelle, même réunie, en un seul front, n'aura que 12% des voix, très loin derrière; en supposant, et c'est possible, que près de la moitié des électeurs (48%) déserteront les urnes (les 41 % d'indécis et les 7% qui refusent de se prononcer).
Les Tunisiens sont insatisfaits, mécontents du rendement de la Troïka. Ses résultats, durant les huit premiers mois de son règne ont été très en-deçà de leurs espérances. Le chef du gouvernement reconnaît que la coalition au pouvoir aurait dû avertir la population de l'énormité des défis qui se posent au pays, dès le départ et lui éviter cette déception. La Troïka reste, cependant, la seule alternative, encore crédible, pour le moment, malgré ses maigres résultats. De nombreux tunisiens continuent à lui manifester leur soutien, attribuant ses difficultés, à la conjoncture économique du pays, au climat social, aux grèves et sit-in, et aux dissensions et luttes politiques. L'opposition ne semble pas avoir beaucoup bénéficié des difficultés de ses adversaires. De nombreux tunisiens sont, même, persuadés, qu'elle est, en grande partie, responsable de la situation actuelle, et qu'elle entrave l'action du gouvernement et agit contre l'intérêt du pays.