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La Deuxième Révolution n'aura pas lieu

Notre opposition vient d’essuyer, encore une fois, un cuisant échec. Cette fois-ci, à Sidi Bouzid, où elle a choisi de s’exhiber. Elle cherchait, pourtant, à courronner une intense période d’hostilités qu’elle avait menées, tambour battant, contre le gouvernement à majorité islamiste.

Ses nombreux prétextes, étaient, pêle, mêle, les coupures répétées d’eau et d’électricité, dans de larges zones du pays, imputées par le pouvoir, d’une façon à peine voilée, à des actes délibérés de sabotage ; la saleté, causée dans les rues par l’accumulation des ordures et détritus, secondaire selon les autorités gouvernementales à une attitude attentiste de certaines municipalités et délégations spéciales ; des allégations d’atteintes aux libertés individuelles, difficiles à vérifier, ilustrées, selon l’opposition, par les interventions de la police, pourtant conformes à la loi, imposant la fermeture obligatoire, du jour, des cafés et restaurants, pendant le mois de ramadan, dans les zones non touristiques ; l’arrestation « pour des raisons politiques », selon les détracteurs des forces de sécurité, d’un blogueur, accusé d’atteinte à la morale, et qui aurait, selon la police, consommé des boissons alcoolisées en public ; l’agression, selon ses dires, d’une autre blogueuse par de mystérieux individus qu’elle aurait identifiés comme faisant partie d’une milice supposée appartenir au parti du mouvement islamique ; le passage à tabac, par les agents de l’ordre, d’une présidente d’un mystérieux parti tunisien, qui aurait été rouée de coups, pour des « raisons sadiques », selon ses affirmations et, enfin, un bras de fer, terminé en queue de poisson, par abandon, de la centrale syndicale qui a jeté l’éponge face au gouvernement, après avoir, vainenement, essayé d’ameuter toute la ville de sfax et de mobiliser les différentes fédérations de la région, en soutien à quatre syndicatlistes, qui ont résisté à l’action des forces de l’ordre, dûment mandatées, par le procureur de la république, pour mettre fin à un sit-in avec occupation des lieux, qui a paralysé un centre hospitalo-universitaire pendant plus de six mois. L’éternelle rengaine sur les droits et acquis de la femme, soi disant menacées, a connu, également, un regain brutal d’actualité, suite au refus par les députés de la majorité, à la Constituante, de remplacer, dans un projet de loi, concernant la femme, la locution « associée de l’homme» par celle d’« égale à l’homme ».

L’opposition espérait, sans doute, beaucoup, des habitants de Sidi Bouzid. La déception fut grande. La manifestation n’a mobilisé que quelques centaines d’individus. Les revendications jusqu’au-boutistes, énumérées par ses organisateurs, syndicalistes et cadres de certains partis de gauche et nationalistes arabes, très minoritaires sur le plan national,  étaient très étonnantes par leur candeur et immaturité : libérer Sidi Bouzid de l’autorité de l’état, ni plus ni moins, renverser le gouvernement, dissoudre la Constituante et interrompre immédiatement le processus de la rédaction de la nouvelle constitution. Dans certains médias, c’était le délire : Dès les premières escarmouches entre la police et une centaine de jeunes, qui jetaient des pierres et tentaient de forcer le protail du siège gouvernorat, une certaine presse, du pays et étrangère, de mèche, mettait en exergue le coté symbolique du "soulèvement", qui s’est produit à Sidi Bouzid, le berceau de la révolution, et y voyait le signal d’une seconde révolution, la bonne, la vraie, qui ne manquera pas de chasser les islamistes, obscurantistes et réactionaires et redonner au pays son caractère moderne et laïc, c’est à dire, en réalité, revenir à la case de départ, à l’époque d’or de la dictature et rayer d’un trait tout ce qui a été réalisé durant les deux ans passés.  

L’histoire de la révolution tunisienne ne retiendra, sans doute, de cet épisode minable, de deuxième révolution, qu’une vaine tentative, un dernier soubresaut, d’une contrerévolution agonisante qui était sur le point de rendre l’âme. Le  vacarme médiatique, certes, ne s’est pas encore estompé et continue à tonner assourdissant et à vouloir semer le trouble, la peur et la confusion au sein d’une population qu’on suppose versatile et crédule, incapable de discerner le faux du vrai. Mauvaise surprise pour les stratèges de la contrerévolution et ses alliés, fidèles de l’ancien régime, puisque la ville n’a pas basculé dans leur camp, ni d’ailleurs les autres délégations du gouvernorat. L’opinion publique est restée de marbre, sceptique, plutôt agacée par les gesticulations et déclarations ridicules de certains ténors d’une gauche extrémiste, complètement à coté de la réalité. La plupart des partis et coalitions du pays, qui se respectent, se sont, bien sûr, bien gardés de soutenir ouvertement le mouvement, à part une interview remarquée du leader de Nida Tounes, l’ancien premier ministre qu’on a invité sur les plateaux d’une chaîne française d’information, en arabe, à donner quelque crédit à une deuxième révolution, qui serait imminente dans le pays. Elle a, lamentablement, avorté, après une grève générale, vite levée, et la libération conditionnée de quelques casseurs que le juge d’instruction a décidé de garder en état de liberté. En réalité les déclarations du rapporteur général de la Constituante pour la rédaction de la constitution, affirmant que cette dernière ne sera pas finalisée avant avril 2013 a eu l’effet d’une douche froide sur les instigateurs des troubles à Sidi Bouzid, puisque, et ce n’est point un secret, tout le mouvement qu’ils avaient entamé avait, essentiellement, des finalités électorales. Ils espéraient pouvoir obtenir, pour ce mois d’octobre, après la rédaction de la constitution, et moyennant quelques jets de pierre et bombes lacrymogènes, la dissolution de la Constituante et la formation d’un gouvernement de technocrates, qui préparera les prochaines élections. Mais la Troïka, majoritaire à la constituante n’a, pour le moment, aucun intérêt à accélérer la rédaction de la constitution et mettre fin, rapidement, à la mission d’une instance hautement souveraine qui décide des nouvelles structures dans le pays, de son régime politique et de ses lois fondamentales, et où elle garde la haute main. Elle s’est ainsi octroyée six mois supplémentaires pour mieux assurer son autorité, mettre de l’ordre dans ses rangs et épuiser ses adversaires, peu performants sur les courses à longue distance, qui nécessitent une longue haleine. C’est un sérieux avertissement à l’opposition que le temps, finalement, n’est pas en sa faveur et qu’elle n’a pas, forcément, intérêt à bloquer la situation politique actuelle et l’action de la Troïka;à moins qu’elle ne décide brutalement de recourir à des méthodes illégales pour mettre fin au règne de la coalition tripartite, mais il s’agit là d’un saut dans l’inconnu qui peut avoir des conséquences dramatiques sur la stabilité politique dans le pays et dans toute la région ...