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La contrerévolution contre-attaque

 

Il est clair, maintenant, que nous assistons au commencement d'une vaste opération qui tend à déstabiliser le gouvernement actuel. Ce dernier n'a pas démérité dans l'ensemble, eu égard à la situation catastrophique qu'il a héritée. Mais la classe aisée, qui a largement profité de l'ancien régime, a décidé, soutenue par les mêmes milieux politico-financiers étrangers, qui ont causé la ruine du pays, de mettre un terme, brutalement, à une expérience démocratique qui risque de mener à une prise du pouvoir par les classes pauvre et moyenne, longtemps opprimées et de mettre un terme aux nombreux privilèges qu'elle s'est octroyés, abusivement, et qu'elle ne peut accepter leur remise en question.

Dans cette tentative de récupération de la révolution et d'une réinstauration, déguisée, de l'ancien système, une violente campagne de désinformation est menée à l'intérieur et à l'extérieur du pays, grâce à la contribution de nombreux titres étrangers, et certaines organisations internationales qui multiplient, depuis un certain temps, les communiquées, alarmants, dénonçant une atteinte des droits de l'homme et une restriction des libertés, somme toute, très exagérées. Malgré l'amélioration de la situation économique, un taux de croissance qui a atteint, de l'aveu même du FMI, près de 2,7%, malgré des perspectives prometteuses d'investissement étranger, les milieux hostiles à l'expérience démocratique dans le pays continuent à attiser les peurs et les appréhensions d'une large population saignée à blanc et impatiente qui a enduré de longues années de privations diverses. C'est cette même population qu'on essaye, aujourd'hui, de soulever contre le pouvoir légitime, issu d'un scrutin régulier et transparent. Il s'agit, bien sûr, d'un jeu dangereux qui risque de faire basculer le pays, tout entier, dans un puissant tourbillon de tensions politiques et sociales et d'une grande instabilité qui, dans la conjoncture économique, actuelle du pays, peut entraver tout effort de développement et augmenter la paupérisation des zones déjà fortement sinistrées. L'issue de l'opération est incertaine et peut mener à une grave confrontation, à grande échelle, entre les partisans de l'ancien régime, de la classe bourgeoise et les farouches défenseurs du nouvel ordre social et politique, promis par la révolution, appartenant dans leur majorité, aux classes pauvre et moyenne. Le conflit peut prendre une proportion importante et rappeler, à bien des égards, le scénario chilien, le coup d'état militaire de Pinochet et l'impitoyable répression qui en a résulté. Les Tunisiens doivent, aujourd'hui, faire preuve de beaucoup de vigilance, ne pas se tromper d'ennemi et ne prendre en considération que l'intérêt, à moyen et à long terme de leur pays. Ils doivent continuer à défendre les objectifs de la révolution et ne pas mettre en péril l'expérience démocratique.