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Un meilleur climat politique

Malgré tous les reproches et les critiques que l’on peut, légitimement, faire à l’UGTT, et son terrible silence sous la dictature, malgré les errements de sa direction actuelle qui, à peine investie, s’est livrée à de violentes et répétées attaques, injustifiées, contre le premier gouvernement élu; malgré les nombreuses grèves déclenchées, à son instigation, dans des secteurs névralgiques de l’économie, et l’abominable chantage, exercé par ses fédérations régionales, mettant en péril, à chaque fois, la stabilité et la sécurité, même, du pays;

l’on ne peut, aujourd’hui, que nous réjouir et accueillir, avec beaucoup de soulagement,  la récente évolution dans l’attitude de la centrale syndicale, qui semble, à travers son initiative de dialogue national, vouloir assumer, de nouveau, le rôle qui a été le sien sous la direction de ses chefs historiques, aux moments les plus difficiles de notre histoire, celui d’une force d’avant-garde, de stabilité et d’union nationale, œuvrant pour le développement et la paix sociale, et favorisant le dialogue et le consensus à l’affrontement, dans la résolution des différends qui peuvent surgir entre elle et le pouvoir ou qui opposent des protagonistes et courants politiques, aux vues apparemment inconciliables, et menacent de compromettre, par leur intensité,  les acquis de notre jeune république.

La centrale syndicale semble, enfin, définitivement,  abandonner l’attitude d’opposition tous azimuts qu’elle a adoptée, jusqu’à une récente date, à l’égard du gouvernement dominé par les islamistes. Son revirement n’est pas, en fait, isolé et une évolution, dans la même direction, plus ou moins franche, est décelée dans l’attitude de nombreux partis et associations de la société civile, qui, aujourd’hui, se rendent compte que leur stratégie, initiale, qui visait à faire chuter le gouvernement, à tout prix, est inefficace et dangereuse, puisqu’elle favorise, en fin de compte, la bipolarisation et l’émergence de courants extrémistes, religieux.

Ce fut, au départ, la démarche, très maladroite, du parti Joumhouri et sa secrétaire générale qui, la première, a pressenti la nécessité pour l’opposition de sortir de l’impasse où elle s’était mise, en refusant de traiter avec la troïka et en pariant sur la fin prématurée et imminente de son passage au pouvoir. Profitant des derniers évènements, elle a cru l’occasion propice pour donner le coup de grâce au gouvernement, en exigeant sa démission et la formation d’une équipe de technocrates qui aura pour tâche de diriger le pays jusqu’aux prochaines élections, prévues dans un an. En réalité, la coalition tripartite au pouvoir, a, au contraire, durant ces premiers mois de son règne, considérablement consolidé ses positions et gagné en nombre de sympathisants et fidèles, grâce, notamment, à une présence, plus importante, dans l’administration publique et un travail remarquable de réseautage social, aidé par un vaste programme de création d’emplois et des promesses d’aide aux démunis, dans différentes régions du pays, particulièrement parmi les classes les plus défavorisées et dans les zones marginalisées sous la dictature. L’initiative du Joumhouri a été rejetée, avec mépris, par le parti islamiste qui domine la troïka. Une autre figure de l’opposition, retenant la leçon, a rectifié le tir et a proposé, lors d’un débat télévisé, au ministre conseiller du premier ministre, l’ouverture d’un dialogue entre le gouvernement et l’opposition, sans conditions préalables. La puissante organisation syndicale a, quelques jours après, lors d’une conférence de presse, présenté son projet de dialogue national entre les différents protagonistes politiques du pays, insistant sur sa reconnaissance de la légitimité du gouvernement et des institutions élues, en particulier de la Constituante, qui, réaffirma-t-elle, est la seule et unique source, à l’étape actuelle, de législation.

le dernier coup d’état blanc, contre la légitimité, qui a fait appel à des bandes de casseurs, de repris de justice et de meneurs se réclamant du courant salafiste djihadiste, a, sans doute, poussé une grande partie de l’opposition à changer de tactique, de peur de faire, finalement, le jeu de certaines parties qui roulent, manifestement, pour l’ancien régime et qui sont, probablement, les vrais instigateurs des troubles. Une nouvelle formation politique, présidée par l’ancien premier ministre, un homme de l’ancien establishment, qui table sur ses origines tunisoises et ses nombreuses relations à l’intérieur et à l’extérieur du pays, a, comme par coïncidence, été annoncée, quelques jours, seulement, après les émeutes, et présentée, avec un grand tapage médiatique, comme la seule force politique capable de barrer la route à l’extrémisme religieux. Malgré le ton, faussement conciliant et modéré de son président, et le caractère, à dessein, vague, de son programme, cherchant à rallier le maximum des tunisiens, l’initiative semble vouée à l’échec et n’a, finalement, suscité l’enthousiasme que de quelques nostalgiques de l’ancien régime et hommes d’affaires fortement impliqués dans de nombreuses malversations, sous l’ancien régime.  

La voie semble désormais libre pour la troïka qui reprend ses souffles et s’en sorte, finalement, plus forte et plus confiante, des derniers évènements. L’opposition est, aujourd’hui, quelque peu rassurée sur les intentions des islamistes modérés, saluant le dernier tour de vis sécuritaire et la fermeté du gouvernement dans la lutte contre l’intégrisme religieux et les atteintes aux libertés et droits individuels. Un meilleur climat règne désormais dans le pays, qui a eu pour premier résultat un début d’entente sur l’épineux problème de l’instance indépendante des élections dont le futur président sera, probablement, désigné avec l’accord des trois présidents. Les tunisiens poussent un grand ouf de soulagement, en cette période de fin des examens et de début des vacances.

Pourvu que ça dure…