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Les scénarios possibles

Les passions sont déchainées, les cartes sont brouillées et les médias ajoutent à la confusion. Quatre scénarios semblent possibles :

-1- Le « consensus national » à la tunisienne: 

un partage, de fait, du gâteau est négocié entre les principaux gagnants. Ennhadha multiplie les concessions à ses adversaires, du RCD et de l’opposition séculière, actuelle.

La lutte contre la corruption et la justice transitionnelle sont ralenties puis renvoyées aux calendes grecques. L’opposition séculière et la centrale syndicale, ferment les yeux sur les dérives « théocratiques » du mouvement islamiste, en contrepartie d’un statut, particulier, d’élite, qui leur rend les nombreux privilèges, dont elles jouissaient, sous l’ancien régime. Le monde affairiste retrouve sa liberté d’action et se remet, comme au bon vieux temps, au pillage, cette fois-ci, plus discret, des richesses du pays ; au grand bonheur du capitalisme financier international. Les mécontents sont sévèrement réprimés. 



-2- Un retour à la case de départ : 

un front uni, organisé, regroupant la gauche, les syndicalistes, le RCD, arrive à s’imposer comme une alternative crédible à la Troïka dont le rendement, peu convaincant, a laissé un sentiment mitigé. Le RCD sous un autre nom, est de nouveau, à la barre, avec une confortable majorité. Le pays connaitra une série de réformes, sociales et économiques, superficielles, destinées à donner le change et absorber le mécontentement. La population, échaudée par la courte expérience islamiste, finira par accepter un retour, progressif, de l’ancien establishment, sacrifiant sa liberté à un semblant de sécurité et de stabilité. Les islamistes sont impitoyablement réprimés. 



-3- Le schéma turc : 

Ennahdha gagne son pari. Son orientation actuelle, modérée, est maintenue. Les salafistes, à l’exception de quelques irréductibles, lui jurent fidélité et se font discrets. Le parti du mouvement islamique est rejoint par les adversaires de BCE, y compris l’UGTT, les formations du centre et du centre gauche, qui se rangent du côté de la Troïka. Cette dernière garde la confiance de la population, qui se montre intraitable sur le retour de l’ancien establishment. Ennahdha, forte du soutien populaire, mène à terme de spectaculaires réformes et arrive à réaliser un grand nombre des objectifs de la révolution, grâce à un consensus élargi des forces hostiles à un retour à la case de départ. La reprise économique est consolidée. 



-4- L’exemple sud-américain :

La tension augmente et les conflits sociaux et idéologiques dégénèrent en une lutte ouverte entre les nantis et les classes les plus défavorisées. Sous la houlette des syndicalistes et des politiques de l’opposition séculière, un courant populaire puissant, ayant pour noyau dur les jeunes chômeurs, les petits paysans, les ouvriers et une grande partie de la classe moyenne, s’impose sur la scène politique. Il donne naissance à un grand mouvement de gauche qui finit par remporter le pouvoir. Le pays entre, de plain-pied, dans une nouvelle phase de développement et de justice sociale et suit un modèle sud-américain. Les symboles de l’ancien régime sont poursuivis et punis. La lutte contre la corruption et l’affairisme est menée d’une main de fer.