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Ennahdha légèrement affaiblie après les derniers évènements

Ennahdha et le gouvernement, qu’elle domine, s’en sortent légèrement diminués, des derniers évènements. Certes les troubles ont été rapidement circonscrits mais le couvre-feu a dû être, finalement, imposé. L’impressionnant dispositif sécuritaire, déployé vendredi, a encore renforcé le caractère sévère et imminent, sans doute exagéré, qu’on a voulu donner au danger qui menace le pays. Une impression finalement nuancée par la levée, le jour même, du couvre-feu.

L’opposition, les partisans de l’ancien premier ministre et ceux de l’ancien régime, cherchaient, en effet, à tout prix, à faire assumer aux islamistes, accusés de laxisme, voire de connivence avec les salafistes, la responsabilité de la détérioration brutale de la situation sécuritaire dans le pays. La démonstration de force à laquelle a appelé R. Ghannouchi, qui cherchait à rassurer ses partisans, absorber la colère de l’aile dure de son parti, affirmer sa présence sur le terrain, et impressionner ses adversaires en les défiant, – aussi bien ceux de l’ancien régime que de l’opposition ou encore des partisans d’Al Qaeda et d’Al Zawahiri –, n’a pas eu finalement lieu. Le ministre de l’intérieur, un homme de son parti, a dû se résoudre à l’interdire, sans doute sous la pression des hauts cadres de son département. Il a ainsi privé son parti d’une riposte qui aurait effacé l’impression de faiblesse et d’isolement qu’il ne cesse de donner, devenu la cible privilégiée de toutes les attaques et critiques, y compris de ses frères ennemis de la coalition.

Indiscutablement les forces de sécurité et l’armée sont les plus grandes gagnantes. Deux institutions qui ont été, ces derniers temps, critiquées, en leur reprochant d’avoir camouflé, à la justice, des détails compromettants sur leur implication dans la répression des manifestations des premiers jours de la révolution. L’opposition s’est frottée les mains de plaisir devant une occasion inespérée d’aggraver les difficultés du gouvernement et lui faire adosser la responsabilité des troubles. Elle a espéré même le voir jeter l’éponge et accéder, enfin, à sa demande, d’abdiquer et  de laisser sa place à une formation de salut national et de technocrates. Mais elle a dû déchanter, rapidement déçue par la fin rapide des troubles, leur faible retentissement – à l’exception d’une très transitoire baisse des actions en bourse – , et le soutien spectaculaire, apporté au gouvernement par l’Union Européenne et les Etats Unis, passé pratiquement sous silence par les médias, à l’exception, remarquable, de la télévision nationale. Le bureau régional de l’UGTT,  à Gafsa, a rappelé que la centrale syndicale reste un partenaire de premier plan en cette période transitoire, et  a révélé, après une réunion des grands jours, largement médiatisée, un projet de dialogue et réconciliation nationale qui semble avoir finalement été abandonné après le rétablissement rapide de la situation.

BCE ne peut espérer une meilleure conjoncture pour le lancement de son nouveau parti. Mais l’homme reste controversé et ses hommes ne semblent pas jouir d’une grande assise populaire.

Le paysage politique a évolué. L’institution sécuritaire est renforcée ainsi que l’armée. Les civils sont affaiblis. L’opposition ne semble pas avoir su profiter de l’occasion. Il faut attendre le prochain congrès d’Ennahdha pour comprendre les conséquences des derniers évènements sur le parti, sa cohésion interne et l’équilibre de force entre ses composantes radicales et modérées. Cette dernière semble toujours dominer la direction du parti. Les attaques d’Al Qaeda et de son chef et les concessions de Ghannouchi n’auront probablement pas de grandes conséquences sur l’orientation résolument modérée et libérale du parti islamiste, que les USA et l’Europe semblent, encore, résolument décidés à le soutenir, même aux dépens de leurs alliés traditionnels,  pro-occidentaux et laïcs , qui multiplient les mises en garde contre le loup salafiste et agitent avec une grande énergie l’épouvantail de l’intégrisme islamique et d’Al Qaeda, sans arriver pour le moment, à les convaincre no à convaincre une grande partie de l’opposition qui reste, acquise au gouvernement.