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Les médias, talon d'achille de la révolution

Les dernières déclarations de l’ambassadeur des états unis, à propos du verdict rendu dans l’affaire « Nessma », sont assez surprenantes… Elles émanent en effet d’un diplomate, chevronné, d’une superpuissance occidentale, amie, supposée, jusqu’à maintenant, plutôt favorable à la coalition, actuellement au pouvoir. Elles critiquent, de surcroit, la magistrature tunisienne qui, depuis la révolution, jouit, du moins en apparence, d’une grande autonomie, sans intervention, aucune, de l’exécutif.

Tout porte à croire qu’il s’agit d’une prise de position spectaculaire et voulue, délibérément peu diplomatique, voire brutale, des américains, dans le débat ou, plutôt, le conflit qui oppose le gouvernement à certains médias dans le pays et quelques grands « patrons autoproclamés » du secteur. L’union européenne semble aussi avoir emboité le pas aux américains et a pris, peu de temps après, fortement, et d’une façon encore plus claire, le parti des médias contre le gouvernement en place. Elle aurait conditionné l’octroi de l’aide financière promise au pays à la publication des décrets d’application des articles 115 et 116, très critiqués par certains corps du métier du secteur, et pondus par l’instance supérieure de l’information et de la communication, qui s’est formée à l’insu de tout le monde, par voie « consensuelle », sous le précédent gouvernement provisoire.

Le contrôle des médias semble aujourd’hui l’objet d’une âpre guerre entre la coalition au pouvoir et l’opposition. Cette dernière vient d’obtenir un appui de taille et franc, de la part des pays occidentaux. Bien sûr, cet appui, comme à l’accoutumée, est justifié par le souci de ces chantres des libertés et de la démocratie de défendre la liberté d’expression dans notre pays. Le gouvernement embarrassé et peut-être surpris, a fini par protester, mollement, contre l’ingérence de l’ambassadeur américain dans les affaires intérieures du pays. La réaction de nombreux tunisiens a été, également, négative. Beaucoup restent méfiants devant les tentatives d’imposer au pays une réforme de la presse qui a été l’œuvre d’une instance non élue. Les fameux articles 115 et 116 doivent être, en effet, et en toute logique, débattus au sein de l’assemblée nationale constituante.

Au-delà du conflit sur les médias et la liberté de la presse les nouvelles déclarations émanant de hauts responsables américains et européens, témoignent aussi d’une certaine ambivalence ou peut-être duplicité de l’occident à l’égard du processus révolutionnaire dans le pays et du printemps arabe, d’une façon générale. Il semble de plus en plus tenté par les vieux schémas, faisant appel à des alliés pro-occidentaux, fidèles et sûrs, de la trempe de ZABA et Moubarak. Une attitude peut-être dictée par certaines appréhensions de l’évolution au moyen orient et surtout en Egypte, formulées par l’entité sioniste qui vient dernièrement de manifester sa mauvaise humeur à l’encontre de notre pays, et qui semble redouter, fortement, l’exemple tunisien.