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Système de Santé et QUANGO

Tout d’abord ne me demandez pas de définir les « QUANGO ». Personne ne peut vraiment les définir. C’est un acronyme, les « QU» c’est pour « quasi », le « A » pour « autonomes » et les « GO » pour « gouvernementales », « organisations ». Le « N » est objet de litiges : « N » pour « nationales » ou « N » pour « non », c’est-à-dire « non gouvernementales » ?

Qu'elles soient gouvernementales ou non, les « QUANGO » reçoivent leur budget de l’Etat, c’est-à-dire l’argent du contribuable et ont à leur tête un chef exécutif nommé par le gouvernement. Elles agissent d’une façon quasi autonome des autorités locales et remplissent une activité de service publique. Les QUANGO ont vu le jour vers les années 80. Il s’agissait de créer un niveau de gouvernance qui permettrait à des individus compétents dans un domaine précis, politiquement neutres, des technocrates, de gérer un service public (centre de soins, station radio, office agricole, office d’emploi, etc.), et de lutter ainsi contre la bureaucratie et les erreurs qui peuvent être commises par des directions administratives régionales ou nationales non compétentes dans le domaine en question. L’idée a été lancée à la suite de la faillite de l’Etat providence ou Welfare State, concept né après la seconde guerre mondiale au Royaume Uni. L’Etat prenait en charge l’individu du landau au tombeau. S’occupant de son éducation, de sa santé, de son bien être, de ses loisirs etc. La bureaucratie, l’inefficacité et l’énorme gâchis occasionné dans la gestion des fonds publiques a sonné le glas à l’état providence vers les années 70 et a rendu inéluctable le recours à la formule des QUANGO. L’idée était séduisante et s’inspirait de la réussite de nombreuses associations caritatives non gouvernementales dans des œuvres sociales et sanitaires du domaine public. La réussite des QUANGO a été indéniable. Leur nombre n’a cessé durant les quatre dernières décennies de croitre d’une façon exponentielle, partout dans le monde. Dans notre pays, les EPS ou (Entreprises Publiques de Santé), en constituent l’exemple le plus connu dans le domaine de la santé publique. Les critiques aux QUANGO ont commencé cependant à se multiplier, vers les années 90. L’une, majeure, est qu’elles ne sont pratiquement redevables devant aucune partie, des résultats de leur gestion. Ces entreprises qui sont financées par l’argent du contribuable et gérées par des directeurs nommés par le gouvernement, ne sont pas, en pratique, « quasi-autonomes », mais, « totalement autonomes ». Les autorités de tutelle, de peur d’être accusées d’interférence dans leur action, n’exercent que très rarement les moyens de pressions dont ils disposent sur ces entreprises (en particulier l’allocation des fonds). De très nombreux exemples sont fournis chaque jour des risques importants de mauvaise gestion financière et de dilapidation des biens publics. Des chefs exécutifs de ces entreprises n’ont pas hésité à doubler, tripler, quadrupler leur salaire sans aucun motif valable. Des statistiques récentes ont montré que certains d’entre eux, dans le secteur de la santé, sont payés jusqu’à quatorze fois le salaire d’une infirmière, sans parler des abus de toute sorte : emplois fictifs, frais abusifs (en particulier les voyages à l'étranger et les congrès), matériel non fonctionnel et inutile, etc. Les dépenses des QUANGO du Système National de la Santé en Angleterre sont en augmentation continue et vertigineuse, au grand dam des décideurs gouvernementaux, confrontés à une crise financière sans précédent et cherchant à diminuer les frais des dépenses de l’état. Les services fournis sont restés très au dessous de ceux escomptés ou espérés. L’accord semble actuellement général sur la nécessité d’une réforme des QUANGO. Dans le domaine de la Santé, la nouvelle réforme proposée par le nouveau gouvernement britannique serait peut être suivie en totalité ou en partie par d’autres états qui se sont inspirés du modèle anglais. Les grandes lignes de cette réforme prévoient une privatisation déguisée des hôpitaux publiques, qui seront transformés en unités compétitives qui ont une autonomie financière, peuvent obtenir des prêts du marché financier et à l’instar des universités et des facultés peuvent recruter ou remercier qui bon leur semble. Les médecins généralistes doivent former des consortiums (près de 500 unités pour tout le territoire). Chaque pool aura à gérer un budget fourni par le gouvernement et est responsable du financement des soins des malades qui en dépendent. Les Consortiums orienteront le patient vers l’hôpital de leur choix et payeront eux-mêmes les frais d’hospitalisation. Les malades auront également la possibilité de choisir en toute liberté leur médecin traitant. La British Medical Association a d’ores et déjà exprimé son appui à cette réforme. L’Association des Médecins Généralistes Britanniques a également manifesté son soutien et appelé le gouvernement à des négociations salariales pour une nouvelle révision, vers la hausse bien sûr, étant donné les nouvelles responsabilités financières qu’on compte faire assumer à ses membres. Il est à signaler que les salaires des médecins généralistes anglais sont déjà parmi les plus élevés du monde… Le corollaire de cette réforme au niveau des soins primaires est une réduction importante du nombre des administrateurs et autres fonctionnaires, payés par l’état et qui ont actuellement la charge de la gestion financière des systèmes de santé primaire. Les consortiums peuvent, pour se faire assister dans la gestion financière, faire appel à des sociétés privées. Le gouvernement entend aider les consortiums à choisir parmi les différents hôpitaux en tenant à jour des statistiques sur les résultats de chaque hôpital, essentiellement les taux de morbidité et de mortalité intra-hospitalière. Cette réforme est bien en continuité avec celle qui la précédée et a vu la naissance des QUANGO. Elle a pour préoccupation majeure de décharger l’état de la gestion du système de santé et le recours, de plus en plus manifeste, au secteur privé. La question à mon avis est comment protéger cette énorme somme de deniers publics allouée à la santé publique, du détournement et de la mauvaise utilisation ? La multiplication des centres de décision (500 consortiums) suffit-elle, en transformant les hôpitaux en compagnies, telles celles des télécommunications ou de la télévision, entièrement dépendantes du nombre de ses abonnés, à se prémunir contre un tel danger ? Comment défendre ces consortiums de l’influence de l’industrie pharmaceutique ? Comment éviter et réprimer le clientélisme et les ristournes entre les consortiums et les hôpitaux ?